Les noirs secrets du Low Key

Je vous avais présenté il y a quelques temps une photo High Key et je vous avais promis de vous montrer son sombre pendant. Voici donc comment réaliser un Low Key !

La photo low key est une photo à dominantes sombres sans que les noirs ne soient bouchés. Puisque j’utilise un vocabulaire technique, j’imagine que des définitions sont nécessaires :

  • « Low key ligthing » peut se traduire par « lumière à niveau faible » : expression évocatrice mais peu sexy qui explique que l’anglicisme ait été conservé.
  • « La sous-exposition se produit quand le film (ou le capteur) reçoit trop peu de lumière, ce qui donne des images numériques, des tirages ou des diapositives foncés et une réduction des contrastes » John Edgecoe – La photographie
  • « Boucher » une photo signifie qu’il n’y a plus aucun détail dans le noir, ce n’est plus qu’un aplat.

Réaliser une photo en low key nécessite une maitrise de l’éclairage et une bonne connaissance de l’interprétation des histogrammes. Il faut mettre en place un éclairage permettant d’avoir beaucoup de contrastes entre les tons clairs et les ombres. Les contre-jours et les lumières rasantes sont plutôt appréciés pour cela. Pour ce genre de photo il ne faut pas beaucoup de lumière, une seule suffit en général. Différents modeleurs vous permettront de ne pas inonder la scène de lumière. Il est également important d’utiliser des réflecteurs afin de déboucher légèrement le côté de l’élément photographié qui se trouve dans l’ombre. Petite astuce : les morceaux de carton plume font de très bon réflecteurs !

Après avoir shooté une photo test, il faut en regarder l’histogramme. L’histogramme d’une photo low key est une courbe ascendante à gauche qui ne doit pas être écrasée sur la droite ce qui signifierait qu’il n’y ait pas d’information dans les noirs car ils seraient « bouchés ».

La composition d’une photo low key est généralement très simple, c’est l’éclairage qui fait le plus gros du rendu. Plus il y a d’éléments sur la photos plus il est compliqué de gérer toutes les ombres pour éviter que celles-ci ne soient « bouchées ». Pour ma photo, j’ai choisi de prendre uniquement une bouteille de parfum. Comme cette bouteille est transparente j’ai dû utiliser deux flash. Le premier était surmonté d’un bol, sur lequel j’ai ajouté un nid d’abeilles qui permet de concentrer encore plus la lumière du bol. Il en existe de différentes tailles mais l’important est de savoir que plus les trous du nid d’abeilles sont rapprochés plus la source de lumière est concentrée. Cet éclairage est placé en contre-jour, c’est-à-dire derrière le produit. Il faut faire attention à ce qu’il ne soit pas placé trop bas pour éviter les lumières parasites dans l’objectif. Il faut donc le placer légèrement en plongée. Le deuxième flash était posé latéralement à la bouteille pour en dessiner les côtés. Face à cet éclairage j’ai placé un réflecteur pour souligner le côté du parfum non éclairé par le flash. J’ai également placé un réflecteur devant le parfum pour faire ressortir les écritures. Dernière astuce, afin de ne pas éclairer le « sol » et ainsi faire ressortir une différence de couleur dans les teintes sombres, j’ai surélevé la bouteille de parfum grâce à un support.

Je n’ai pas eu beaucoup de travail de post-production : j’ai nettoyé quelques imperfections sur l’image et supprimé le support qui me permettait de surélever le parfum.

Voici ma photo finale :

Finalement, qu’est-ce qui a votre préférence : le high key ou le low key ?

Le noir et blanc, toute une technique

A l’origine, la photographie était uniquement en noir et blanc, c’est pour cette raison qu’il me semblait important de vous expliquer cette technique. Bien que les premières photos aient été faites en argentique, le noir et blanc est également réalisable avec des appareils numériques.

La première photographie fixée en noir et blanc est « Le point de vue du gras » de Joseph Nicéphore Niépce, qui a réalisé ce cliché en 1826 !

La photo en noir et blanc numérique est une interprétation de l’image. En effet, la photo numérique est toujours capturée en couleur, c’est grâce à des logiciels qu’elle est transformée en noir et blanc. Même si le mode « noir et blanc » existe sur votre appareil photo, le cliché sera tout de même pris en couleur avant d’être affichée en noir et blanc. Pour vérifier mes dires, je vous invite à faire le test : choisissez un enregistrement RAW et JPG et mettez votre boitier en mode « noir et blanc ». Si le JPG bien est en noir et blanc vous verrez que si vous ouvrez le RAW (le fichier brut) dans un logiciel tel que Camera RAW , il est en couleurs (cf photo si dessous) ! La différence repose sur le traitement de l’image qui est fait par votre boitier puisqu’il est réglé sur le mode « noir et blanc ». Le JPG a transformé les couleurs en différents tons de luminance. Pour être un peu plus claire, voici une petite définition : La luminance est une grandeur correspondant à la sensation visuelle de luminosité d’une surface. Une surface très lumineuse présente une forte luminance, tandis qu’une surface parfaitement noire aura une luminance nulle. Donc lorsque nous passons de la couleur au noir et blanc chaque nuance a un ton de luminance différent. Cela nous indique qu’il faut penser la photo à réaliser en termes de lumière et de contrastes si on veut un bon rendu en noir et blanc.

Il est possible de modifier la luminance de chaque couleur individuellement mais la tâche est plus facile lorsque les couleurs sont bien tranchées car cela permet de moduler le noir et blanc comme nous le souhaitons. Pour s’assurer de cela il existe un outil : la « charte Q14 ». Au moment de la prise de vue, elle permet de savoir si les couleurs choisies et l’éclairage permettent d’avoir des tons de luminance suffisamment différents. Mais pour comprendre tout cela, je vous invite à aller voir mon article sur les chartes de prise de vue. Il ne faut pas oublier de prendre une photo finale sans la charte.

Si on en reste là, faire du noir et blanc est très simple : mettre son boitier sur le bon mode et hop, c’est dans la boite ! Mais le mieux est de faire soi-même son noir et blanc en post-production grâce l’outil « Noir et blanc » dans Photoshop par exemple. Cet outil plutôt accessible est composé de plusieurs réglettes.  Chacune d’entre elles influe sur une couleur. En jouant avec les curseurs on peut donc augmenter ou diminuer la luminance des couleurs. Par exemple sur ma photo, si on touche à la réglette rouge pour la glisser vers la gauche, les tons rouges de l’image deviennent plus contrastés. La peau se détache maintenant mieux du fond. On peut également toucher aux couleurs jaunes de l’image (ici le papier et le blouson) pour les rendre plus sombres et diminuer la zone très claire due au rayon de lumière. En fait, il n’y a pas de recette miracle avec cet outil, il faut faire des essais jusqu’à trouver le rendu souhaité.

Lorsque que nous faisons des choix d’éclairage ou de cadrage nous pouvons les justifier, il doit en être de même pour le noir et blanc. Ce rendu d’image en numérique ne doit pas servir à cacher des problèmes de chromie. Dans la photo ci-dessous, le noir est blanc est un choix artistique : il floute la limite entre le réel et le dessin. J’ai pensé cette photo pour être en noir et blanc, ainsi je peux faire ressortir les jeux de lumière et de matière.

La photo en argentique noir et blanc est bien différente de son homologue numérique car c’est une réaction chimique à la lumière : ce sont des grains d’argent qui réagissent a la lumière. Certains tombent lors du développement tandis que d’autres restent. C’est l’absence des ces grains d’argent qui forme les tons clairs de l’image lors du tirage. Les tons foncés sont formés par les grains d’argent restant qui ne laissent pas passer la lumière. Si cela vous semble très abstrait, je vous invite à découvrir cet article qui détaille un peu plus le procédé : https://www.la-photo-argentique.com/la-chimie-du-developpement-argentique-comment-ca-marche/

Si vous avez envie de comparer les deux formats de noir et blanc, vous trouverez dans mon article sur le Brownie Junior six-20 une série de photos réalisées avec un appareil argentique.

Alors quelle est votre version préférée du noir et blanc : l’argentique ou le numérique ?

Une histoire de réflexion

Après vous avoir expliqué la technique photo pour shooter la matière  dans mon article De toutes les matières, c’est la cosmétique que je préfère, je voulais revenir sur un autre aspect essentiel des photos de packshot. Pour rappel, le packshot ou photo produit, est un cliché de haute qualité sur fond neutre, le plus souvent blanc, utilisé à des fins commerciales ; notamment pour illustrer un produit dans un catalogue ou sur un site internet. Ce type de photo se distingue des autres par sa réalisation soignée : les ombres sont maitrisées, la netteté est à son maximum et les reflets sont parfaits. Enfin ils sont censé l’être… Malheureusement ils sont souvent réalisés en post-production et donc inadaptés ! Voici quelques exemples :

Tout d’abord, revenons sur la définition même du reflet : un reflet est la copie exacte d’un objet, renvoyée par une surface. Pour qu’un reflet soit réaliste, il faut une ombre de contact entre l’objet et la surface sur laquelle il est posé. Le reflet doit être sur un plan de symétrie horizontal et doit toucher l’objet en tout point à sa base.

Pour réaliser un reflet en packshot directement lors de la prise de vue, il faut installer un fond blanc en cyclo, c’est-à-dire un fond blanc tiré de manière à ce qu’il soit parfaitement lisse et qu’il n’y ait pas de démarcation visible entre la partie posée et la partie suspendue. On dépose ensuite une plaque de verre sur la partie posée du fond blanc pour servir de support à l’objet. Afin d’éviter les doubles reflets, je vous conseille d’utiliser un vitrage simple. Ensuite, on installe l’objet à photographier et les lumières en essayant de ne pas les diriger directement sur la plaque de verre pour prévenir les taches de lumière. Le fait de shooter directement l’ombre plutôt que de la reconstruire en post-production permet d’avoir un rendu adapté. Le point d’attention fondamental de cette technique photo est la lumière : on ne doit percevoir qu’une seule ombre sur la photo malgré les nombreux éclairages pour mettre en valeur les différents éléments du produit. Par ailleurs, il faut veiller à ce que l’ombre soit la moins présente possible, car plus elle est douce et petite moins on ne s’attarde dessus !

La post-production est primordiale en photo de packshot car c’est un type de photo qui doit être proche de la perfection. Il faudra donc passer du temps à retoucher les petits défauts tels que les poussières, les tâches, les griffures etc. Ensuite, il faudra enlever les parties visibles de la plaque de verre ainsi que les éléments servant à faire tenir l’objet dans la position voulue. Afin d’accrocher le regard du spectateur sur l’objet et non sur le reflet, il peut être nécessaire d’atténuer et de flouter ce-dernier. Personnellement j’aime créer un dégradé léger de la partie la plus lointaine de l’objet vers sa base. La partie du reflet qui est en contact avec l’objet est assez opaque tandis que la partie la plus éloignée disparaît. Il faut être attentif à bien faire les mêmes retouches sur l’objet et sur le reflet : si on redresse une couture ou qu’on supprime un défaut sur l’objet il faut également le faire sur le reflet pour éviter les incohérences. Comme dit plus haut dans la définition : le reflet doit être identique à l’objet !

Je vous ai présenté ici le produit d’une manière technique avec la photo packshot, mais un produit peut également être mis en avant avec des photos lifestyle pour permettre au client potentiel de se projeter avec le produit. Vous découvrirez donc cette série sous peu sur mon instagram et sur mon blog 😉

De toutes les matières, c’est la cosmétique que je préfère !

Vous connaissez maintenant mon attrait pour la photo de publicité et notamment de cosmétique. Pour cette raison, j’avais envie de vous parler d’une technique pour photographier la matière. Dans la publicité les photos de matière sont très utilisées pour accompagner les packshots (photo simplifiée sur fond uni qui montre le packaging du produit). Quelques exemples ci-dessous :

Pour réaliser ces photos de matière il faut tout d’abord comprendre ce que la matière peut apporter à l’image. La matière de la crème ou la texture du fond de teint sont des choses très importantes en cosmétique. Elles sont testées, réfléchies et améliorées pour satisfaire la clientèle. La photo de matière permet de rendre compte de la qualité du produit, elle doit donc être la plus fidèle possible.

Côté technique il faut aussi analyser comment la photo de matière est intégrée au packshot. Elle est généralement en fond, derrière le produit. Il faut donc faire attention, au moment de la prise de vue, à ne pas donner un effet « plaqué sur le fond » à la matière. Pour cela l’astuce est de poser les matières sur une plaque de verre placée au minimum à 80cm au dessus du fond, de cette manière, la matière ne produira pas d’ombre de contact sur le fond. La plaque de verre doit être simple (pas de double vitrage) pour éviter les effets de dédoublement. Pour l’éclairage, il faut créer une lumière contrastée afin de faire ressortir les volumes et les textures. Il faut également être attentif aux reflets sur les matières brillantes et sur la vitre. L’angle de prise de vue doit être une plongée parfaitement parallèle à la plaque de verre pour éviter toute déformation. L’élément sera ainsi facile à intégrer dans l’image packshot. Pour les photos de matière la retouche est primordiale et incontournable ! Elle permet d’ajuster les formes (grâce a l’outil fluidité de Photoshop par exemple) et d’enlever quelques imperfections sur la matière.

Il est important de photographier chaque élément au fur et à mesure de l’installation. Cela permet, si besoin, de reconstituer des parties de l’image en post-production sans perte de réalisme. Par exemple la mousse s’étale et perd ses bulles au bout d’un certain temps. Lorsque la composition est finie et que le photographe est prêt à shooter il se peut que la mousse ne soit plus esthétique. Étant donné que cet élément a déjà été shooté seul auparavant, il sera aisé de le reconstituer sur la photo finale.

Pour illustrer cette technique, j’ai réalisé une photo qui pourrait servir de publicité pour un produit nettoyant pour le visage de chez Garnier. Sur cette photo on peux voir le packaging mais également la texture de ce produit.

Voir la vie en blanc avec le High Key

Lors d’un exercice à Gobelins, on nous a demandé de réaliser une photo en high key ou en low key. Cet exercice était très intéressant et c’est pour cette raison que j’ai choisi de vous présenter le high key aujourd’hui ! Le low key fera certainement plus tard l’objet d’une autre photo technique.

Un photo en high key (contraction de « high key lighting ») est une image à dominantes claires avec une légère surexposition sans pour autant « cramer » les blancs. Puisque j’utilise un vocabulaire technique, j’imagine que des définitions sont nécessaires.

  • « High key ligthing » peut se traduire par « lumière à niveau élevé » : expression évocatrice mais peu sexy qui explique que l’anglicisme ait été conservé.
  • « La surexposition se produit si le film (ou le capteur) reçoit trop de lumière, soit parce qu’il est exposé a une lumière trop forte, soit parce qu’on a laissé agir la lumière trop longtemps. Cela donne des photos claires et réduit le contraste du sujet »  John Edgecoe – La photographie
  • « Cramer » une photo signifie que la surexposition est tellement importante qu’il n’existe plus de matière sur la photo.

Ce rendu n’est pas très compliqué dans la mise en œuvre, c’est surtout une question d’éclairage à maîtriser et d’histogrammes à interpréter. Bien sûr des photographies en high key existaient avant l’appareil photo numérique et il est donc possible d’en réaliser sans histogramme, mais il faut dire que ça facilite la vie ! Le high key est aussi bien utilisé pour faire des portraits que des natures mortes. Fidèle à moi-même, j’ai décidé de réaliser une photo de nature morte, et j’ai choisi pour sujet un téléphone de la fameuse marque au logo en forme de pomme.

Pour faire une photo en high key il faut un éclairage doux pour des ombres peu marquées. J’ai donc utilisé un flash avec une boîte à lumière comme éclairage principal. celui-ci est placé en douche au dessus du produit. Comme je souhaitais faire une photo en plongée (vue de haut) il a fallu que j’utilise une Boxlite comme fond pour poser à plat les éléments de décor. Ce modeleur de lumière permet de « déboucher » (ré-éclairer les zones d’ombre sans les faire disparaitre) toutes les ombres entre les pommes et celles créées par la boîte à lumière. Enfin pour qu’il y ait tout de même une légère direction de lumière (que l’image ne soit pas trop « plate ») j’ai positionné un flash avec un snoot sur la gauche de la mise en scène pour créer de petites ombres.

Pour bien régler les différents flashs entre eux et être subtile dans les ombres, j’ai utilisé une cellule photo. Premièrement il faut éteindre tous les flashs, excepté le flash principal et mesurer la puissance de celui-ci. Ensuite on règle les paramètres de l’appareil photo suivant cette mesure. Pour déboucher les ombres sans créer de contre-jour, la Boxlite doit être à la même puissance que la lumière principale. Je mesure donc sa puissance grâce à la cellule photo et l’ajuste pour obtenir les mêmes réglages que ceux du flash avec la boîte à lumière. Enfin je veux que le snoot soit légèrement plus fort que le reste des lumières pour créer des ombres. Pour cela, je mesure la lumière du snoot et le règle de +1/4 en ouverture de diaphragme par rapport aux autres lumières. Après avoir fait ces réglages je shoot une première photo et regarde l’histogramme de la photo. On doit y voir une courbe ascendante vers la droite mais pas collée contre le bord, ce qui signifierait que des informations sont « cramées ».

Après ces premiers réglages on peut ajuster pas à pas les réglages des flashs en fonction de son envie.

Une fois la prise de vue effectuée, il reste quelques travaux de post-production à effectuer pour améliorer l’image. Tout d’abord on peut atténuer le contraste grâce à l’outil courbe de Photoshop. Ensuite il faut s’assurer que les blancs soient « bien blancs », pour cela on peut saturer au maximum l’image afin de  vérifier l’existence d’autres dominantes colorés (attention à ne pas oublier de supprimer ce calque à la fin !). Si on en trouve on les atténue avec l’outil balance des blancs. Cette technique doit être utilisée avec précaution lorsqu’il y a des éléments de couleur dans le décor. S’il n’y a pas d’élément coloré dans l’image on peut aussi passer la photo en noir et blanc ce qui permet de travailler les teintes de blanc et de gris plus facilement. Pour ma part j’ai préféré jouer avec la balance des blancs pour donner un aspect légèrement froid à mon image.

Voici ma photo finale :

Alors, qu’en pensez-vous ?

Une valise à toute épreuve

Comme vous l’avez sûrement remarqué, j’adore faire des photos de nature morte ! C’est pourquoi j’ai choisi de vous expliquer aujourd’hui la technique photo pour composer de belles images.

La photographie de nature morte est une technique photo qui tourne essentiellement autour d’objets commerciaux et de végétaux. Il n’y a donc aucun mouvement dans l’image, ce sont les jeux d’ombre et de lumière, ainsi que la composition qui font vivre la photo.

Avant de réaliser la composition d’une image de publicité, il faut se poser les bonnes questions : il faut comprendre le produit à mettre en avant. On doit alors réfléchir à son utilisation, à la nature des matières et à la manière dont elles réagissent à la lumière. Il faut aussi se demander à qui est destiné le produit pour savoir quels « codes » utiliser dans la scénographie. Après avoir répondu à ces questions on peut se pencher sur la composition. L’important est d’avoir une idée précise du rendu souhaité. La photo pourra évidemment par la suite être ajustée selon les besoins.

Quelques petits conseils de composition :

  • Le produit doit être le cœur de la photo, il ne doit pas être caché ou trop petit (il doit faire au minimum 1/3 de l’image)
  • L’image ne doit pas être surchargée car cela détournerait l’attention du produit
  • Le décor peut être disposé sur différents plans pour faciliter la lecture

L’éclairage d’une photo de nature morte demande beaucoup de temps car il doit être travaillé flash par flash. C’est-à-dire qu’il faut faire une première photo avec un flash, modifier la puissance, l’angle etc. jusqu’à satisfaction puis en ajouter un autre et répéter l’opération jusqu’à l’obtention de la lumière souhaitée.

La photo technique du mois est donc cette fois-ci, une publicité pour une marque de valise qui sort une nouvelle collection : Châtelet par DELSEY.

J’ai décidé de réaliser une série de 4 photos : une par saison. On voit ainsi que les valises sont pratiques pour tout type de vacances. Sur les quatre photos, la valise est disposée exactement de la même manière. Cela montre que cette valise est solide et durable dans le temps. Pour matérialiser les saisons j’ai créé des origamis qui correspondent aux éléments météorologiques de chacune d’entre elles. Ensuite j’ai disposé à côté de la valise des vêtements et accessoires qui correspondent également aux saisons. Outre l’esthétique, ils permettent de visualiser la taille de la valise.

Cliquez sur les images pour les visualiser en taille réelle

Avec ces quatre images j’ai également réalisé un montage qui reprend le logo et les codes du design de la marque, déjà présents sur les valises. Cette image de présentation peut servir de première page à un édito mais également de publicité pour les affichages extérieurs comme les abris-bus.

Et soudain, le drame

Ce mois-ci, j’ai souhaité attirer votre attention sur la lumière dans la photographie. C’est un élément constitutif d’une image qui n’est pas toujours très visible sur le rendu final mais qui est d’une importance capitale. Que diriez-vous si on voyait un point lumineux et une ombre à contre-sens ? Cela paraitrait insensé ! Et pourtant, pour bien éclairer l’objet principal, il se peut que les sources de lumière se croisent et modifient les ombres. La lumière nécessite donc une attention particulière en photographie. Surtout lorsque la réalisation concerne une série photo. Comme au cinéma, la lumière doit être cohérente tout au long de la série. Si sur la première photo la lumière vient du côté de la pointe d’un crayon, quel que soit le deuxième point de vue, la lumière devra toujours provenir du côté de la pointe du crayon. C’est en cela que réside l’une des difficultés techniques de la réalisation d’une série de photos.

Pour être un peu plus spécifique je voudrais vous parler aujourd’hui de la photographie en lumière continue. La lumière continue est un type d’éclairage qui est surtout utilisé au cinéma (pour plus de détails je vous invite à lire l’article : Zoom sur … la lumière continue). En photographie cela nous permet d’utiliser la visée par l’écran afin de pouvoir agencer le décor de manière précise sans avoir à effectuer des centaines de photos test. Par ailleurs, elle permet un rendu totalement différent de la prise de vue au flash. Ces deux types d’éclairage sont donc bien plus complémentaires que rivales comme on pourrait le croire. Je les ai d’ailleurs utilisées ensemble dans cet article de photo technique : La photo à la bougie.

Le défi était ici de conserver une cohérence d’éclairage sur une série tout en utilisant de la lumière continue. Mon objectif était donc de raconter une histoire en trois images à partir d’un même décor avec deux sources lumineuses en lumière continue.

Inspirée par la magnifique lumière de la pleine Lune les jours qui ont précédés ce shooting, j’ai décidé de recréer cette lumière bleue et pâle pour éclairer une scène de dîner aux chandelles à travers une fenêtre. Afin de donner une atmosphère nocturne et un peu mystérieuse à ma photo, j’ai utilisé un Mizar* et des gélatines bleues. Vous l’avez deviné, si la première source lumineuse est la Lune, la seconde est la flamme des chandelles ! Ne pouvant pas allumer de bougies dans le studio, j’ai décidé de matérialiser leur éclairage avec un Bambino* et de rajouter des flammes en post-production. Puisque ma composition avait un éclairage peut puissant j’ai réglé ma vitesse de prise de vue à 6 secondes. Pour obtenir une grande plage de netteté sur les photos, j’ai ouvert le diaphragme à 16.

Cette série raconte une histoire étrange et effrayante car les ellipses temporelles entre les photos laissent place à l’imagination. Tout commençait pourtant si bien … Soudain, la fenêtre s’ouvre ! Est-ce le vent ou bien quelque chose de plus dangereux ? La dernière photo nous laisse penser qu’un drame s’est produit, pourtant nous ne saurons jamais vraiment ce qui s’est passé ce soir de pleine Lune …

Cliquez sur les photos pour une meilleure expérience

*Le Mizar et le Bambino sont des appareils permettant de produire de la lumière continue. Leurs propriétés respectives sont développées dans l’article « Zoom sur … la lumière continue » cité plus haut.

Voir au dela … avec l’infrarouge

La photographie infrarouge est une technique qui était au début utilisée à des fins techniques : par les militaires pour la vision nocturne, par les policiers pour visualiser des fluides corporels ou dans le domaine de l’art pour authentifier un tableau. Cependant ces techniques sont compliquées à mettre en œuvre car il faut utiliser des sources d’éclairage modifiées et un appareil également modifié. Désormais la photographie infrarouge est utilisée à des fins artistiques c’est de cette technique dont je vais vous parler.

Tout d’abord, reprenons les bases. L’œil peut voir les longueurs d’onde de 380 nm à 780 nm. En dessous de ce spectre il existe les ultra violets que nous laisserons de côté pour le moment et au-dessus nous avons les infrarouges !

 

Notre œil ne peut donc pas les voir les infrarouges mais un appareil photo si ! Seulement les constructeurs mettent un filtre (UVIR-Block/cut) devant le capteur afin de stopper les infrarouges et les ultraviolets pour rendre des photos telles qu’on peut les voir. Il faut donc l’enlever et le remplacer par un verre de la même épaisseur pour rendre au capteur toutes ses capacités. Une fois la modification faite, il faut utiliser des filtres que nous plaçons devant l’objectif pour sélectionner quelles longueurs d’onde nous souhaitons capter. Je vous laisse découvrir le comparatif des filtres sur le site de  Photographie Infrarouge géré par Yann et Pierre-Louis, deux intervenants de ce Workshop  « Infrarouge ». C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai eu accès au matériel modifié : un boitier Canon 70D modifié avec un objectif Canon 24×70, f:2.8 et un filtre infrarouge 720. 

En pratique la photo infrarouge est particulière, tout d’abord il est très conseillé de shooter en live view (visée par l’écran) car avec le filtre placé sur l’objectif nous aurons du mal à voir à travers l’objectif. De plus la visée par l’écran permet d’avoir un aperçu du rendu en fonction de la balance des blancs. Ensuite il faut obligatoirement enregistrer les photos en JPG et RAW. Ces deux formats de fichiers sont importants : le premier pour garder l’aperçu du rendu que l’on souhaitait et le second pour faire la retouche sur le fichier brut, ce qui est obligatoire en photo infrarouge ! Pendant la prise de vue il faut faire la mise au point manuellement car souvent elle ne fonctionne plus très bien à cause de la modification du capteur. Il faut savoir que lors de shooting en infrarouge avec un filtre 720 la végétation devient bleu très saturé avec une balance des blancs automatique et le reste de la photo est d’un jaune très peu saturé ne reflétant quasiment que des nuances de gris. Cela survient car les végétaux renvoient beaucoup de lumière infrarouge qui est traduite en couleur bleue par le capteur. Attention l’infrarouge c’est une question de matière et de composition car dans ce type de shooting l’objet ne renvoie pas la couleur mais la lumière infrarouge.

La post-production est une partie entière de la photo infrarouge. Avec les fichier bruts il faut en premier lieu refaire une balance des blancs puis une inversion de couches. Pour ma photo j’ai fait en sorte de laisser tous les végétaux en bleu et j’ai veillé à ce que tout le reste soit le plus dé-saturé possible. Je n’ai pas fait l’inversion des couches (qui consiste à faire ressortir les infrarouges en changeant le bleu en jaune/doré) puisque je voulais conserver la couleur bleue des végétaux. Si vous voulez prendre connaissance de toutes les étapes, y compris celles que je n’ai pas réalisées, vous pouvez vous rendre sur ce tuto.

Voici donc ma réalisation technique d’une photographie infrarouge faite à la serre d’Auteuil.

Je vous invite à découvrir la série complète sur l’article Nature en résistance.

Deux photos en une !

La double exposition ou surexposition et une technique qui vient à l’origine de la photo argentique. Au début simple erreur, elle est très vite devenue une technique à part entière. Comme son nom l’indique l’idée est d’exposer deux clichés sur la même vue d’un film. Cela pouvait survenir si le photographe avait, par exemple, oublié de réarmer la pellicule ou de changer de plan film entre deux prises de vue.  Cette « erreur » si elle est bien maitrisée, peut donner des photos très artistiques. Lors de la réalisation d’une telle photo, il faut penser qu’exposer deux fois une vue de pellicule peut « cramer » les images (rendre certaines parties trop claires et provoquer la perte des détails). Pour éviter cela, il faut sous-exposer les deux images ou tout du moins la seconde.

Maintenant que vous savez tout cela vous allez me dire « mais c’est impossible de faire ça avec un appareil numérique ! » Effectivement avec les appareils actuels il est impossible de bloquer le film vu qu’il n’y en a pas. Il existe cependant sur certains boitiers un réglage qui  permet de combiner automatiquement deux images prises l’une à la suite de l’autre.

Sur le Canon 5d mark III ce réglage se trouve dans la touche . Il faut ensuite enter dans le menu  et aller à la partie « expo multiple ».

Dans le menu qui s’ouvre il faut effectuer les manipulations suivantes :

  • Expo multiple : ON : Fn/ctrl (priorité aux fonctions et aux commandes), avec ce réglage il est possible d’activer la visée par l’écran ce qui permet d’ajuster correctement les deux images.
  • Ctrl expo multi : Sans grain (je vous invite également à tester les autres modes mais pour moi c’est celui qui a le meilleur rendu)
  • Nb d’expositions : cela correspond au nombre de photos que vous souhaitez assembler. Ici, j’en ai utilisé deux.
  • Enr. imgs source : je vous conseille d’enregistrer toutes les photos, au cas où.

La photo technique que je vais vous présenter se compose donc de deux clichés. La première (photo P_09_01) est celle une d’un verre éclairé au flash afin d’avoir une belle transparence. La seconde (photo P_09_02) met en scène des pommes en lumière continue. La dernière photo que vous pouvez voir est le résultat de la composition automatique faite par l’appareil (photo P_09_03).

Après la prise de vue, comme pour toutes photos, nous passons sur Photoshop,. Grâce à la compilation automatique pas besoin de faire le montage des deux images mais il faut quand même modifier les contrastes pour que le verre soit plus marqué. Et voilà le résultat final !

Alors qui est partant pour un petit verre de cidre fait maison ? 😉

Une campagne de pub extraORdinaire

Qui dit commande pour une campagne de pub, dit maquette. Une maquette est une mise en page chartée fournie par la marque commanditaire pour la mise en valeur d’un produit donné. Elle va par exemple contenir les textes, le logo et les éléments constitutifs de l’image d’une marque.

Afin de réaliser une photo s’adaptant à la maquette, il faut penser à cadrer plus large, c’est-à-dire à laisser des marges autour de la composition (notamment en haut et en bas) lors de la prise de vue. La tâche n’étant pas simple, il est possible de s’aider d’un logiciel de prise de vue nommé Capture One. Ce logiciel permet de visualiser les images prises instantanément sur l’ordinateur. Grâce à l’onglet « superposition » du menu « recadrage », la maquette peut être visualisée directement sur l’image pour vérifier que le cadrage est assez large. Cependant, la maquette n’est là que pour cette vérification. Lors de l’exportation des fichiers, elle disparait et il faut la remettre via un logiciel de retouche.

Pour cet exercice je devais créer une pub pour une capsule de l’OR Espresso. Il était demandé de mettre en valeur les arômes de celle-ci au travers de la composition. J’ai donc choisi la capsule Lungo Elegante – Intensité 6, qui est caractérisée par ses arômes intenses et fleuris. Suivant cette spécificité j’ai décidé de mettre en scène une rose d’un rouge intense renfermant la capsule, accompagnée d’un bouton de rose doré.

Pour faire ressortir les contours de la fleur et de la tige d’un côté tout en les effaçant de l’autre, j’ai utilisé un flash monté d’un bol couplé à un nid d’abeille médium. J’ai également utilisé une astuce fort efficace pour obtenir un fond noir sans reflet : le velours. Cette matière absorbe la lumière produite par les flashes et donne un rendu totalement noir. Le dernier élément matériel pour faire ce shoot est un flash habillé d’un snoot, servant à concentrer la lumière sur un point précis, ici la capsule.