Zoom sur … le Kodak Brownie Junior Six-20

Lors d’un week-end chez mes grands-parents j’ai rencontré un petit bijou que je souhaite vous présenter. D’après ma grand-mère, cet appareil a une centaine d’année et appartenait à un de ses cousins. Il avait été soigneusement rangé mais avait finalement été oublié au fond d’une armoire. Cela aurait pu être une triste fin pour ce petit appareil mais heureusement il fut retrouvé par hasard il y a quelques semaines ! Il était dans un état assez catastrophique, mais pas question de renoncer à le tester ! Je l’ai donc bichonné pour lui redonner sa gloire d’antan.

Lorsque je l’ai vu pour la première fois ce boîtier m’a intriguée. Une boîte rectangulaire avec un objectif, un semblant de manivelle, un petit loquet et deux viseurs. D’ailleurs, l’un des deux viseurs semblait cassé. Afin de savoir à qui j’avais à faire, j’ai cherché une inscription. Rechercher des informations sur un boitier inconnu est en effet la première chose à faire pour éviter les bêtises. Par chance, sous la poussière, les inscriptions étaient plutôt claires et j’ai pu découvrir son nom : le Brownie junior six-20.

Puisque je suis une « digital native » je cherche toujours s’il existe des informations historiques sur le site Collection Appareils. J‘ai découvert que ce boitier de chez Kodak avait été produit à New York, dans les années 30. Le système mécanique et la partie avant, qui accueille l’objectif, sont fabriqués en aluminium. La boîte qui permet l’étanchéite à la lumière est quant à elle faite en et bois reconstitué et recouverte de moleskine. Après en avoir appris un peu plus sur ses origines, il s’agit maintenant de comprendre son fonctionnement.

En navigant sur internet j’ai découvert un nouveau site que je ne connaissais pas, dans lequel sont répertoriées un grand nombre de notices d’utilisation : Central Manuels. Une vraie mine d’or ! J’y ai trouvée la notice du boîtier qui nous intéresse aujourd’hui (vous pourrez la retrouver ici). Après avoir bien étudié cette notice, j’ai compris comment ouvrir le Brownie junior six-20. Malheureusement, avec les années, l’humidité a créé de la rouille et il ne voulait pas s’ouvrir. J’ai finalement forcé un peu et après plusieurs tentatives, il a bien voulu me révéler ses secrets.  À mon grand étonnement il restait une pellicule à l’intérieur. Elle était sèche et friable ce qui signifie qu’elle devait être là depuis très longtemps. Celle-ci ressemblait à une pellicule au format 120, mais il était indiqué que les pellicules à utiliser pour ce boîtier étaient des 620. Évidemment, Kodak a stoppé leur production et il n’en existe plus aujourd’hui… Pourtant, en étant un peu maligne, j’ai réussi à trouver une pellicule adéquate ! La seule différence entre les pellicules 120 et 620 est en fait la taille de la bobine. Il suffit donc de transférer le film d’une pellicule 120 sur la bobine d’une pellicule 620. (Vous trouverez un tutoriel pour faire cette manipulation à cette adresse : lien du tuto). L’inconvénient de cette technique est qu’il faut posséder une paire de bobines au bon format. Le fait qu’il restait une pellicule dans le boitier m’a donc rendu un grand service : je les ai récupérées et j’ai transféré une pellicule 120 dessus. Petit conseil d’ami : si vous faites développer vos pellicules, n’oubliez pas de préciser que vous souhaitez récupérer la bobine sinon elle sera perdue et vous ne pourrez plus utiliser votre boîtier !

Après un bon nettoyage et quelques coups de papier à poncer je décide de tester la bête malgré la rouille toujours un peu présente. Après tout, les accidents font les meilleures photos ! La rouille pourrait leur apporter un style ?

Ce boîtier est très troublant à utiliser : pas de choix pour la vitesse (à priori déterminée à 1/50ème de seconde) hormis si on utilise le mode B grâce à un petit loquet qui permet de maintenir le diaphragme ouvert (Si vous voulez savoir ce qu’est le mode B, je vous invite à lire mon Zoom sur … l’Olympus OM-10 dans lequel tout est expliqué) . Il y a deux tailles de diaphragme à notre disposition mais je ne connais pas la valeur exacte de ceux-ci et cela rend la tâche compliqué pour ceux qui ont appris à déterminer les paramètres de réglage avec des valeurs précises. Pour palier ces inconnues, je me suis référée au manuel dans lequel il y a un guide d’exposition qui est très bien fait mais auquel je n’ai pas encore tout compris.

Malgré toutes ces incertitudes je me suis lancée dans la prise de vue. J’ai décidé de rester à la plus grande ouverture de diaphragme et à la vitesse imposée avec une pellicule 400 ISO. Première impression : on prend une photo sans s’en rendre compte ! Il n’y pas de bruit du au déclencheur et tout est très rapide car il n’y a pas de réglage à faire. Ce n’est pas désagréable mais c’est déstabilisant. Question ergonomie, le déclencheur n’est pas très pratique et la manivelle pour changer de vue fait mal aux doigts, surtout à cause de la rouille qui provoque de la résistance.

J’ai finalement pu réaliser 8 images seulement car il m’était impossible de changer de vue après la 8ème photo. J’ai choisi de prendre différentes conditions d’éclairage pour me permettre de comprendre un peu mieux quelles sont les conditions optimales pour faire des photos correctement exposées avec cet appareil.

Après le développement, le résultat m’a surprise ! Toute la pellicule était plutôt bien exposée malgré deux photos qui semblaient légèrement cramées (surexposition de la pellicule qui détruit la matière). Je sais désormais pour quelle raison je n’ai pu faire que 8 photos : elles sont presque deux fois plus grandes que des photos au format 120 ! Après avoir scanné les images, je me suis rendu compte que toutes les images étaient griffées de manière régulière sur toute la largeur et la longueur, sûrement à cause de la rouille. Le côté droit de la pellicule était quant-à lui griffé tout du long également.

Les griffures sur le noir et blanc apportent un côté fantomatique aux images, comme sur un vieux film, et cela me plait beaucoup. Je suis plutôt contente de ce premier essai et j’ai déjà prévu de réutiliser le Brownie Junior Six-20 pour réaliser une commande de l’école qui fera l’objet d’un prochain article !

 

Une histoire de réflexion

Après vous avoir expliqué la technique photo pour shooter la matière  dans mon article De toutes les matières, c’est la cosmétique que je préfère, je voulais revenir sur un autre aspect essentiel des photos de packshot. Pour rappel, le packshot ou photo produit, est un cliché de haute qualité sur fond neutre, le plus souvent blanc, utilisé à des fins commerciales ; notamment pour illustrer un produit dans un catalogue ou sur un site internet. Ce type de photo se distingue des autres par sa réalisation soignée : les ombres sont maitrisées, la netteté est à son maximum et les reflets sont parfaits. Enfin ils sont censé l’être… Malheureusement ils sont souvent réalisés en post-production et donc inadaptés ! Voici quelques exemples :

Tout d’abord, revenons sur la définition même du reflet : un reflet est la copie exacte d’un objet, renvoyée par une surface. Pour qu’un reflet soit réaliste, il faut une ombre de contact entre l’objet et la surface sur laquelle il est posé. Le reflet doit être sur un plan de symétrie horizontal et doit toucher l’objet en tout point à sa base.

Pour réaliser un reflet en packshot directement lors de la prise de vue, il faut installer un fond blanc en cyclo, c’est-à-dire un fond blanc tiré de manière à ce qu’il soit parfaitement lisse et qu’il n’y ait pas de démarcation visible entre la partie posée et la partie suspendue. On dépose ensuite une plaque de verre sur la partie posée du fond blanc pour servir de support à l’objet. Afin d’éviter les doubles reflets, je vous conseille d’utiliser un vitrage simple. Ensuite, on installe l’objet à photographier et les lumières en essayant de ne pas les diriger directement sur la plaque de verre pour prévenir les taches de lumière. Le fait de shooter directement l’ombre plutôt que de la reconstruire en post-production permet d’avoir un rendu adapté. Le point d’attention fondamental de cette technique photo est la lumière : on ne doit percevoir qu’une seule ombre sur la photo malgré les nombreux éclairages pour mettre en valeur les différents éléments du produit. Par ailleurs, il faut veiller à ce que l’ombre soit la moins présente possible, car plus elle est douce et petite moins on ne s’attarde dessus !

La post-production est primordiale en photo de packshot car c’est un type de photo qui doit être proche de la perfection. Il faudra donc passer du temps à retoucher les petits défauts tels que les poussières, les tâches, les griffures etc. Ensuite, il faudra enlever les parties visibles de la plaque de verre ainsi que les éléments servant à faire tenir l’objet dans la position voulue. Afin d’accrocher le regard du spectateur sur l’objet et non sur le reflet, il peut être nécessaire d’atténuer et de flouter ce-dernier. Personnellement j’aime créer un dégradé léger de la partie la plus lointaine de l’objet vers sa base. La partie du reflet qui est en contact avec l’objet est assez opaque tandis que la partie la plus éloignée disparaît. Il faut être attentif à bien faire les mêmes retouches sur l’objet et sur le reflet : si on redresse une couture ou qu’on supprime un défaut sur l’objet il faut également le faire sur le reflet pour éviter les incohérences. Comme dit plus haut dans la définition : le reflet doit être identique à l’objet !

Je vous ai présenté ici le produit d’une manière technique avec la photo packshot, mais un produit peut également être mis en avant avec des photos lifestyle pour permettre au client potentiel de se projeter avec le produit. Vous découvrirez donc cette série sous peu sur mon instagram et sur mon blog 😉

De toutes les matières, c’est la cosmétique que je préfère !

Vous connaissez maintenant mon attrait pour la photo de publicité et notamment de cosmétique. Pour cette raison, j’avais envie de vous parler d’une technique pour photographier la matière. Dans la publicité les photos de matière sont très utilisées pour accompagner les packshots (photo simplifiée sur fond uni qui montre le packaging du produit). Quelques exemples ci-dessous :

Pour réaliser ces photos de matière il faut tout d’abord comprendre ce que la matière peut apporter à l’image. La matière de la crème ou la texture du fond de teint sont des choses très importantes en cosmétique. Elles sont testées, réfléchies et améliorées pour satisfaire la clientèle. La photo de matière permet de rendre compte de la qualité du produit, elle doit donc être la plus fidèle possible.

Côté technique il faut aussi analyser comment la photo de matière est intégrée au packshot. Elle est généralement en fond, derrière le produit. Il faut donc faire attention, au moment de la prise de vue, à ne pas donner un effet « plaqué sur le fond » à la matière. Pour cela l’astuce est de poser les matières sur une plaque de verre placée au minimum à 80cm au dessus du fond, de cette manière, la matière ne produira pas d’ombre de contact sur le fond. La plaque de verre doit être simple (pas de double vitrage) pour éviter les effets de dédoublement. Pour l’éclairage, il faut créer une lumière contrastée afin de faire ressortir les volumes et les textures. Il faut également être attentif aux reflets sur les matières brillantes et sur la vitre. L’angle de prise de vue doit être une plongée parfaitement parallèle à la plaque de verre pour éviter toute déformation. L’élément sera ainsi facile à intégrer dans l’image packshot. Pour les photos de matière la retouche est primordiale et incontournable ! Elle permet d’ajuster les formes (grâce a l’outil fluidité de Photoshop par exemple) et d’enlever quelques imperfections sur la matière.

Il est important de photographier chaque élément au fur et à mesure de l’installation. Cela permet, si besoin, de reconstituer des parties de l’image en post-production sans perte de réalisme. Par exemple la mousse s’étale et perd ses bulles au bout d’un certain temps. Lorsque la composition est finie et que le photographe est prêt à shooter il se peut que la mousse ne soit plus esthétique. Étant donné que cet élément a déjà été shooté seul auparavant, il sera aisé de le reconstituer sur la photo finale.

Pour illustrer cette technique, j’ai réalisé une photo qui pourrait servir de publicité pour un produit nettoyant pour le visage de chez Garnier. Sur cette photo on peux voir le packaging mais également la texture de ce produit.

Zoom sur … l’Olympus OM-10

Fin février 2019 Olympus fêtera son 100ème anniversaire ! Pour l’occasion, la marque a annoncé la sortie de la version silver du OM-D E-M1 Mark II ! Puisque j’ai moi aussi envie de fêter cet anniversaire comme il se doit, je vais vous faire découvrir un boitier argentique de la marque : le OM-10, mon chouchou du moment !

Olympus OM-10

 Mon histoire avec ce boîtier a commencé d’une manière très singulière : je l’ai trouvé en me baladant sur la plage, abandonné sur un rocher, en piteux état. Avec mon âme de collectionneuse de boitiers anciens, j’ai décidé de le prendre avec moi pour le ramener à la vie. Après l’avoir bichonné, je l’ai testé et surprise, il fonctionnait ! Avec un objectif 50 mm, il est plutôt petit, discret et pas trop lourd. Parfait pour un appareil de tous les jours ! Mais entre fonctionner mécaniquement parlant et fonctionner dans les faits il y a une grosse différence. Il faut donc tester tout ce qu’il est possible de teste.

Avant de l’allumer j’ai voulu insérer une pellicule (c’est un appareil argentique donc sans pellicule il n’est pas très utile… à moins d’en faire un presse papier !). Pour ce faire il faut ouvrir le capot arrière en tirant délicatement vers le haut la manivelle de rembobinage. C’est à ce moment que je me suis aperçue que le commutateur marche-arrêt était trop souple, ce qui laissait présager que le boîtier allait s’allumer et s’éteindre de manière intempestive… Après avoir refermé le boîtier et j’ai armé plusieurs fois la gâchette de l’appareil pour que la pellicule soit placée au niveau de la vue n°1. Celle-ci s’affiche sur le compteur de vue (à droite de la gâchette d’armement), qui n’est pas très clair mais suffisant pour qu’on sache à quelle position de la pellicule on se trouve. Une fois la pellicule choisie et installée il ne faut surtout pas oublier de régler les ISO sur le boîtier grâce à la bague située au-dessus du sélecteur de mode.

D’ailleurs, parlons-en un peu, cet appareil possède 3 modes :

  • Le mode Auto qui est en réalité un mode semi automatique priorité a l’ouverture.  » Semi automatique priorité à l’ouverture ?! Mais qu’est que c’est que ce charabia ? » me direz vous.  Pour régler un appareil photo il faut trois paramètres : les ISO, l’ouverture du diaphragme et la vitesse d’obturation. Deux entre eux sont à régler manuellement tandis que le 3ème est calculé grâce à la cellule photographique intégrée. Les ISO sont déterminés par la pellicule choisie. Puisque le mode est priorité à l’ouverture du diaphragme, c’est ce paramètre qu’il faut régler manuellement. La vitesse sera donc automatiquement déterminée par la cellule.
Bargraphe d’exposition de l’OM-10
  •  Le mode B, dit « bulb », qui consiste à gérer le temps de prise de vue en restant appuyé sur le déclencheur afin de permettre des poses longues.  Cette curieuse appellation vient de l’accessoire originel qui servait à garder la fenêtre de l’obturateur ouvert. C’est ce qu’on appelle une poire/valve en français mais qui se dit « bulb » (ampoule) en anglais. Faire des poses longues en gardant l’obturateur ouvert est utile notamment pour faire des photos de nuit, des filés (photo où l’on ne voit que les lumières des voitures sur une route), du light painting ou encore des photos avec du flou de mouvement…
Poire de déclenchement (source : blog.photo24.fr)
  • Le mode le manuel adapté qui permet de régler les trois paramètres de façon manuelle. Ce mode nécessite un petit accessoire : un adaptateur manuel qui se connecte avec une prise jack sur le devant du boîtier, à gauche de l’objectif. Par chance le boîtier que j’ai trouvé en possédait un.
Adaptateur Manuel OM-10

 

Au cours de cette découverte du boitier, j’ai eu quelques frayeurs. La première car le miroir s’arrêtait à mi-course après la prise de vue lors des premiers déclenchements. Après quelques vérifications, je me suis aperçue qu’il y avait une pile (LR44) et qu’elle avait certainement besoin d’être changée. Ces piles sont évidemment peu courantes (sinon ça serait trop facile !) mais une fois trouvée et changée, le miroir fonctionnait correctement. La deuxième, lorsque le bargraphe (instrument indiquant la vitesse dans le viseur) ne s’est pas allumé alors que le boitier était sur « on ». J’ai donc vérifié la pile en poussant le commutateur on/off jusqu’à la position « check » et le boitier s’est mis à bipper. La pile était donc fonctionnelle. Après plusieurs tentatives, le bargraphe s’est enfin allumé. Comme je le craignais, mon commutateur trop souple allait me faire des misères j’étais trop heureuse pour y penser car mon nouveau joujou était enfin prêt à me suivre partout !

Après une semaine dans mon sac à shooter une fois de temps en temps sans souci, les problèmes ont commencé ! Dès que j’armais la pellicule, je l’entendais craquer, se déchirer. J’ai donc décidé de la rembobiner et de la changer. La deuxième pellicule n’avait semble-t-il aucun problème jusqu’à ce que je me rende compte que j’avais sûrement dépasser depuis longtemps les 36 poses… Le compteur de vue était en effet revenu à 0 sans que je m’en aperçoive mais je pouvais toujours actionner la gâchette d’armement. En voulant rembobiner j’ai constaté que je tournai dans le vide : le film s’était désolidarisé de sa bobine. J’ai tout de même pu sortir et développer ma deuxième pellicule. J’ai pu constater qu’il y avait un léger voile sur mes photos. Mauvaise nouvelle… il y a probablement des fuites de lumière dans mon boîtier… Malgré tout je l’aime beaucoup donc je décide de lui donner une autre chance en espérant que le problème venait de pellicules défectueuses. Sans résultat.

Puisque j’adorais ce boitier et que j’étais vraiment triste de ne plus pouvoir l’utiliser, j’ai décidé d’en commander un à Papa Noël ! Gros défi, puisque si ce boitier est facilement trouvable en occasion, peu de modèles fonctionnent ! Mais défi relevé en fin de compte pour mon plus grand plaisir !

Un voyage et quatre pellicules plus tard ! Je peux vous affirmer que j’adooooore ce boîtier !

Je n’ai pas encore pu développer les photos que j’ai faite avec mon deuxième Olympus OM-10 mais voici une courte série de photos que j’ai réalisée avec le premier boîtier ! Les fuites de lumière apportent un effet voilé, laiteux qui donne l’impression de photos prises il y longtemps.

 A très vite pour d’autres séries et de nouvelles aventures avec ce nouveau boîtier !

Voir la vie en blanc avec le High Key

Lors d’un exercice à Gobelins, on nous a demandé de réaliser une photo en high key ou en low key. Cet exercice était très intéressant et c’est pour cette raison que j’ai choisi de vous présenter le high key aujourd’hui ! Le low key fera certainement plus tard l’objet d’une autre photo technique.

Un photo en high key (contraction de « high key lighting ») est une image à dominantes claires avec une légère surexposition sans pour autant « cramer » les blancs. Puisque j’utilise un vocabulaire technique, j’imagine que des définitions sont nécessaires.

  • « High key ligthing » peut se traduire par « lumière à niveau élevé » : expression évocatrice mais peu sexy qui explique que l’anglicisme ait été conservé.
  • « La surexposition se produit si le film (ou le capteur) reçoit trop de lumière, soit parce qu’il est exposé a une lumière trop forte, soit parce qu’on a laissé agir la lumière trop longtemps. Cela donne des photos claires et réduit le contraste du sujet »  John Edgecoe – La photographie
  • « Cramer » une photo signifie que la surexposition est tellement importante qu’il n’existe plus de matière sur la photo.

Ce rendu n’est pas très compliqué dans la mise en œuvre, c’est surtout une question d’éclairage à maîtriser et d’histogrammes à interpréter. Bien sûr des photographies en high key existaient avant l’appareil photo numérique et il est donc possible d’en réaliser sans histogramme, mais il faut dire que ça facilite la vie ! Le high key est aussi bien utilisé pour faire des portraits que des natures mortes. Fidèle à moi-même, j’ai décidé de réaliser une photo de nature morte, et j’ai choisi pour sujet un téléphone de la fameuse marque au logo en forme de pomme.

Pour faire une photo en high key il faut un éclairage doux pour des ombres peu marquées. J’ai donc utilisé un flash avec une boîte à lumière comme éclairage principal. celui-ci est placé en douche au dessus du produit. Comme je souhaitais faire une photo en plongée (vue de haut) il a fallu que j’utilise une Boxlite comme fond pour poser à plat les éléments de décor. Ce modeleur de lumière permet de « déboucher » (ré-éclairer les zones d’ombre sans les faire disparaitre) toutes les ombres entre les pommes et celles créées par la boîte à lumière. Enfin pour qu’il y ait tout de même une légère direction de lumière (que l’image ne soit pas trop « plate ») j’ai positionné un flash avec un snoot sur la gauche de la mise en scène pour créer de petites ombres.

Pour bien régler les différents flashs entre eux et être subtile dans les ombres, j’ai utilisé une cellule photo. Premièrement il faut éteindre tous les flashs, excepté le flash principal et mesurer la puissance de celui-ci. Ensuite on règle les paramètres de l’appareil photo suivant cette mesure. Pour déboucher les ombres sans créer de contre-jour, la Boxlite doit être à la même puissance que la lumière principale. Je mesure donc sa puissance grâce à la cellule photo et l’ajuste pour obtenir les mêmes réglages que ceux du flash avec la boîte à lumière. Enfin je veux que le snoot soit légèrement plus fort que le reste des lumières pour créer des ombres. Pour cela, je mesure la lumière du snoot et le règle de +1/4 en ouverture de diaphragme par rapport aux autres lumières. Après avoir fait ces réglages je shoot une première photo et regarde l’histogramme de la photo. On doit y voir une courbe ascendante vers la droite mais pas collée contre le bord, ce qui signifierait que des informations sont « cramées ».

Après ces premiers réglages on peut ajuster pas à pas les réglages des flashs en fonction de son envie.

Une fois la prise de vue effectuée, il reste quelques travaux de post-production à effectuer pour améliorer l’image. Tout d’abord on peut atténuer le contraste grâce à l’outil courbe de Photoshop. Ensuite il faut s’assurer que les blancs soient « bien blancs », pour cela on peut saturer au maximum l’image afin de  vérifier l’existence d’autres dominantes colorés (attention à ne pas oublier de supprimer ce calque à la fin !). Si on en trouve on les atténue avec l’outil balance des blancs. Cette technique doit être utilisée avec précaution lorsqu’il y a des éléments de couleur dans le décor. S’il n’y a pas d’élément coloré dans l’image on peut aussi passer la photo en noir et blanc ce qui permet de travailler les teintes de blanc et de gris plus facilement. Pour ma part j’ai préféré jouer avec la balance des blancs pour donner un aspect légèrement froid à mon image.

Voici ma photo finale :

Alors, qu’en pensez-vous ?

Une valise à toute épreuve

Comme vous l’avez sûrement remarqué, j’adore faire des photos de nature morte ! C’est pourquoi j’ai choisi de vous expliquer aujourd’hui la technique photo pour composer de belles images.

La photographie de nature morte est une technique photo qui tourne essentiellement autour d’objets commerciaux et de végétaux. Il n’y a donc aucun mouvement dans l’image, ce sont les jeux d’ombre et de lumière, ainsi que la composition qui font vivre la photo.

Avant de réaliser la composition d’une image de publicité, il faut se poser les bonnes questions : il faut comprendre le produit à mettre en avant. On doit alors réfléchir à son utilisation, à la nature des matières et à la manière dont elles réagissent à la lumière. Il faut aussi se demander à qui est destiné le produit pour savoir quels « codes » utiliser dans la scénographie. Après avoir répondu à ces questions on peut se pencher sur la composition. L’important est d’avoir une idée précise du rendu souhaité. La photo pourra évidemment par la suite être ajustée selon les besoins.

Quelques petits conseils de composition :

  • Le produit doit être le cœur de la photo, il ne doit pas être caché ou trop petit (il doit faire au minimum 1/3 de l’image)
  • L’image ne doit pas être surchargée car cela détournerait l’attention du produit
  • Le décor peut être disposé sur différents plans pour faciliter la lecture

L’éclairage d’une photo de nature morte demande beaucoup de temps car il doit être travaillé flash par flash. C’est-à-dire qu’il faut faire une première photo avec un flash, modifier la puissance, l’angle etc. jusqu’à satisfaction puis en ajouter un autre et répéter l’opération jusqu’à l’obtention de la lumière souhaitée.

La photo technique du mois est donc cette fois-ci, une publicité pour une marque de valise qui sort une nouvelle collection : Châtelet par DELSEY.

J’ai décidé de réaliser une série de 4 photos : une par saison. On voit ainsi que les valises sont pratiques pour tout type de vacances. Sur les quatre photos, la valise est disposée exactement de la même manière. Cela montre que cette valise est solide et durable dans le temps. Pour matérialiser les saisons j’ai créé des origamis qui correspondent aux éléments météorologiques de chacune d’entre elles. Ensuite j’ai disposé à côté de la valise des vêtements et accessoires qui correspondent également aux saisons. Outre l’esthétique, ils permettent de visualiser la taille de la valise.

Cliquez sur les images pour les visualiser en taille réelle

Avec ces quatre images j’ai également réalisé un montage qui reprend le logo et les codes du design de la marque, déjà présents sur les valises. Cette image de présentation peut servir de première page à un édito mais également de publicité pour les affichages extérieurs comme les abris-bus.

Et soudain, le drame

Ce mois-ci, j’ai souhaité attirer votre attention sur la lumière dans la photographie. C’est un élément constitutif d’une image qui n’est pas toujours très visible sur le rendu final mais qui est d’une importance capitale. Que diriez-vous si on voyait un point lumineux et une ombre à contre-sens ? Cela paraitrait insensé ! Et pourtant, pour bien éclairer l’objet principal, il se peut que les sources de lumière se croisent et modifient les ombres. La lumière nécessite donc une attention particulière en photographie. Surtout lorsque la réalisation concerne une série photo. Comme au cinéma, la lumière doit être cohérente tout au long de la série. Si sur la première photo la lumière vient du côté de la pointe d’un crayon, quel que soit le deuxième point de vue, la lumière devra toujours provenir du côté de la pointe du crayon. C’est en cela que réside l’une des difficultés techniques de la réalisation d’une série de photos.

Pour être un peu plus spécifique je voudrais vous parler aujourd’hui de la photographie en lumière continue. La lumière continue est un type d’éclairage qui est surtout utilisé au cinéma (pour plus de détails je vous invite à lire l’article : Zoom sur … la lumière continue). En photographie cela nous permet d’utiliser la visée par l’écran afin de pouvoir agencer le décor de manière précise sans avoir à effectuer des centaines de photos test. Par ailleurs, elle permet un rendu totalement différent de la prise de vue au flash. Ces deux types d’éclairage sont donc bien plus complémentaires que rivales comme on pourrait le croire. Je les ai d’ailleurs utilisées ensemble dans cet article de photo technique : La photo à la bougie.

Le défi était ici de conserver une cohérence d’éclairage sur une série tout en utilisant de la lumière continue. Mon objectif était donc de raconter une histoire en trois images à partir d’un même décor avec deux sources lumineuses en lumière continue.

Inspirée par la magnifique lumière de la pleine Lune les jours qui ont précédés ce shooting, j’ai décidé de recréer cette lumière bleue et pâle pour éclairer une scène de dîner aux chandelles à travers une fenêtre. Afin de donner une atmosphère nocturne et un peu mystérieuse à ma photo, j’ai utilisé un Mizar* et des gélatines bleues. Vous l’avez deviné, si la première source lumineuse est la Lune, la seconde est la flamme des chandelles ! Ne pouvant pas allumer de bougies dans le studio, j’ai décidé de matérialiser leur éclairage avec un Bambino* et de rajouter des flammes en post-production. Puisque ma composition avait un éclairage peut puissant j’ai réglé ma vitesse de prise de vue à 6 secondes. Pour obtenir une grande plage de netteté sur les photos, j’ai ouvert le diaphragme à 16.

Cette série raconte une histoire étrange et effrayante car les ellipses temporelles entre les photos laissent place à l’imagination. Tout commençait pourtant si bien … Soudain, la fenêtre s’ouvre ! Est-ce le vent ou bien quelque chose de plus dangereux ? La dernière photo nous laisse penser qu’un drame s’est produit, pourtant nous ne saurons jamais vraiment ce qui s’est passé ce soir de pleine Lune …

Cliquez sur les photos pour une meilleure expérience

*Le Mizar et le Bambino sont des appareils permettant de produire de la lumière continue. Leurs propriétés respectives sont développées dans l’article « Zoom sur … la lumière continue » cité plus haut.

A la manière de … Barry Pringle

Puisque Pâques n’est pas loin derrière nous, j’ai décidé d’y faire un petit clin d’œil dans ma nouvelle contribution à la série « à la manière de … » !

Barry Pringle est un photographe Sud-africain spécialisé en photos de natures mortes et de nues. Ses séries ont pour point commun la dissemblance du même, il joue visuellement avec les mots. Il regroupe par exemple des objets qui portent le même nom mais qui ne se ressemblent pas, il les photographie et les expose les uns à coté des autres. Les titres de ses séries sont donc des mots très simples et descriptifs.

Des fleurs, de la nourriture, des intérieurs, des parties du corps humain… ses sujets de prise de vue sont variés. Une série m’a plus particulièrement étonnée : Eggs (les œufs en français). Je n’ai pu trouver aucune information sur la création de cette série mais elle m’a tellement plu que j’ai eu envie de la revisiter. La photo que j’ai réalisée pourrait en être la suite car c’est une énième façon de voir les œufs. Et comme dit le célèbre adage : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ! C’est ce que j’ai voulu illustrer avec ma revisite de Barry Pringle. Du côté technique j’ai repris ses codes d’éclairage, c’est-à-dire une lumière crue, des ombres marquées et une dominante colorée jaune pour créer un aspect de lumière naturelle et non celle d’un flash.

Nature en résistance

Cette série a été réalisée lors d’un workshop sur la photo infrarouge proposé par deux professeurs de Gobelins (la technique de l’infrarouge est détaillée dans l’article Voir au delà … avec l’infrarouge). En me baladant dans les serres d’Auteuil et dans les serres du Jardin des plantes, j’ai fait un constat : nous cherchons à faire vivre la nature dans des endroits clos ! N’y a-t-il pas un paradoxe ?

En déambulant au hasard dans les couloirs des serres, j’ai ressenti plusieurs émotions. Ce qui m’a frappé au départ c’était la paix qui régnait dans ces lieux, mais au fur et à mesure, j’ai fini par me sentir oppressée par cette abondance de végétaux qui allaient jusqu’à empiéter sur les chemins de passage. Le fait de regarder cet endroit à travers mon objectif modifié rendait la présence des plantes encore plus importante puisque les autres matières sont attenuées sur l’image en infrarouge.

Par cette série, je voulais montrer le sentiment d’enfermement et l’envie de faire tomber les murs pour libérer cette nature en cage qui m’ont envahit à la fin de la visite. Je voyais les feuilles et les branches plier contre les parois de verre, des pousses apparaitre dans les fissures du pavé et je sentais ce besoin de sortir pour respirer. Alors pourquoi ne pas rendre à la nature sa place en extérieur ? Le paradoxe prend ici tout son sens car bien que la nature veuille faire exploser sa prison, elle ne survivrait pas dehors.

Voir au dela … avec l’infrarouge

La photographie infrarouge est une technique qui était au début utilisée à des fins techniques : par les militaires pour la vision nocturne, par les policiers pour visualiser des fluides corporels ou dans le domaine de l’art pour authentifier un tableau. Cependant ces techniques sont compliquées à mettre en œuvre car il faut utiliser des sources d’éclairage modifiées et un appareil également modifié. Désormais la photographie infrarouge est utilisée à des fins artistiques c’est de cette technique dont je vais vous parler.

Tout d’abord, reprenons les bases. L’œil peut voir les longueurs d’onde de 380 nm à 780 nm. En dessous de ce spectre il existe les ultra violets que nous laisserons de côté pour le moment et au-dessus nous avons les infrarouges !

 

Notre œil ne peut donc pas les voir les infrarouges mais un appareil photo si ! Seulement les constructeurs mettent un filtre (UVIR-Block/cut) devant le capteur afin de stopper les infrarouges et les ultraviolets pour rendre des photos telles qu’on peut les voir. Il faut donc l’enlever et le remplacer par un verre de la même épaisseur pour rendre au capteur toutes ses capacités. Une fois la modification faite, il faut utiliser des filtres que nous plaçons devant l’objectif pour sélectionner quelles longueurs d’onde nous souhaitons capter. Je vous laisse découvrir le comparatif des filtres sur le site de  Photographie Infrarouge géré par Yann et Pierre-Louis, deux intervenants de ce Workshop  « Infrarouge ». C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai eu accès au matériel modifié : un boitier Canon 70D modifié avec un objectif Canon 24×70, f:2.8 et un filtre infrarouge 720. 

En pratique la photo infrarouge est particulière, tout d’abord il est très conseillé de shooter en live view (visée par l’écran) car avec le filtre placé sur l’objectif nous aurons du mal à voir à travers l’objectif. De plus la visée par l’écran permet d’avoir un aperçu du rendu en fonction de la balance des blancs. Ensuite il faut obligatoirement enregistrer les photos en JPG et RAW. Ces deux formats de fichiers sont importants : le premier pour garder l’aperçu du rendu que l’on souhaitait et le second pour faire la retouche sur le fichier brut, ce qui est obligatoire en photo infrarouge ! Pendant la prise de vue il faut faire la mise au point manuellement car souvent elle ne fonctionne plus très bien à cause de la modification du capteur. Il faut savoir que lors de shooting en infrarouge avec un filtre 720 la végétation devient bleu très saturé avec une balance des blancs automatique et le reste de la photo est d’un jaune très peu saturé ne reflétant quasiment que des nuances de gris. Cela survient car les végétaux renvoient beaucoup de lumière infrarouge qui est traduite en couleur bleue par le capteur. Attention l’infrarouge c’est une question de matière et de composition car dans ce type de shooting l’objet ne renvoie pas la couleur mais la lumière infrarouge.

La post-production est une partie entière de la photo infrarouge. Avec les fichier bruts il faut en premier lieu refaire une balance des blancs puis une inversion de couches. Pour ma photo j’ai fait en sorte de laisser tous les végétaux en bleu et j’ai veillé à ce que tout le reste soit le plus dé-saturé possible. Je n’ai pas fait l’inversion des couches (qui consiste à faire ressortir les infrarouges en changeant le bleu en jaune/doré) puisque je voulais conserver la couleur bleue des végétaux. Si vous voulez prendre connaissance de toutes les étapes, y compris celles que je n’ai pas réalisées, vous pouvez vous rendre sur ce tuto.

Voici donc ma réalisation technique d’une photographie infrarouge faite à la serre d’Auteuil.

Je vous invite à découvrir la série complète sur l’article Nature en résistance.