Mon avis sur… la foire de Bièvres

Vous connaissez maintenant ma passion pour tester les vieux appareils photo, eh bien figurez-vous que je n’ai pas fini d’apporter de nouveaux éléments à la catégorie Zoom sur… les appareils argentiques !

Pour retourner aux origines, cette envie m’est venue lors de ma première visite à Bièvres. Le week-end dernier j’y suis retournée et j’ai encore fait des folies ! Pour votre plus grand bonheur n’est-ce pas ? ^^

Tous les ans, le premier week-end de juin, se tient la Foire internationale de la photo à Bièvres. Cette foire est un grand marché de la photographie argentique qui existe depuis depuis 56 ans. On y trouve différentes activités, des conférences, des animations, des expositions et même des concours. Personnellement je n’y suis allée qu’à 4 reprises et je n’ai jamais eu l’occasion de faire autre chose que le marché. Une journée ce n’est pas suffisant ! Les pôles qui m’intéressent le plus sont le marché de l’occasion et des antiquités photographiques ainsi que le marché des artistes. Il y a également un marché du neuf et des services.

La foire se présente sous forme d’une brocante, les exposants viennent de partout même si la plupart des vendeurs sont des réguliers. Pendant un week-end des passionnés, des curieux et des connaisseurs se retrouvent dans cette ville transformée pour l’occasion. Je vous déconseille d’ailleurs d’y aller en voiture, sauf si vous connaissez les lieux et n’avez pas peur des petites ruelles ! Le plus simple est encore d’y aller en RER C, si vous ne comptez pas revenir trop chargé…

Il est important de bien se préparer avant de partir, car s’il y a de beaux objets et des prix cassés, il faut faire attention à ne pas acheter un boitier plus cher que ce qu’il ne vaut ou un boitier défectueux.

Quelques conseils pour bien se préparer

1. Avant le grand jour, repérez plusieurs boitiers qui vous intéressent sur Internet, YouTube, Insta… Lors de vos recherches, essayez de trouver les notices d’utilisation, car plus vous connaissez un appareil mieux vous pourrez vérifier si celui que vous avez entre les mains fonctionne une fois sur place. N’hésitez pas à tenir un petit carnet de notes sur chaque modèle avec par exemple les pellicules compatibles, s’il fonctionne à piles (et lesquelles), et surtout la fourchette de prix de sa valeur en ligne.

2. La veille du départ, préparez un petit sac avec des piles de toute sorte, et notamment celles qui vous permettront de tester les boîtiers que vous avez précédemment repérés. Mettez-y également une pellicule 120 et une 135. Elles vous serviront à tester la manivelle d’armement. Elles vous permettront aussi de vérifier que le boîtier qui se trouve entre vos mains nécessite des pellicules toujours disponibles.

3. Le jour J, prévoyez du liquide pour payer (et une somme conséquente pour éviter les déceptions) car la carte bleue n’est acceptée nulle part dans la foire de Bièvres !

4. Enfilez votre tenue de combat : des chaussures dans lesquelles vous êtes à l’aise car on marche beaucoup et le sol est inégal, un grand sac pour mettre vos trouvailles et de la crème solaire. C’est toujours a Bièvres que je prends mon premier coup de soleil de l’été !

Vous voilà prêt pour dénicher des trésors à la Foire internationale de la photo de Bièvres !

Une fois sur place, comment vérifier qu’un boîtier fonctionne ?

1. Examiner son aspect extérieur (rouille, bosse, etc.). Cela peut vous donner un indice sur son état de conservation et donc de fonctionnement.

2. Armer et déclencher. Si une résistance survient, que le boitier ne déclenche pas, essayez de varier la vitesse de prise de vue. En vieillissant certains boitiers ne marchent plus très bien dans les vitesses basses. Vous pouvez également essayer d’armer et de déclencher pour vous assurer que le rideau s’ouvre et se ferme correctement.

3. Ouvrir l’emplacement à pellicule. En général elle s’ouvre tirant sur la molette de rembobinage ou sur le côté du boîtier. Assurez-vous que les picots qui font avancer la pellicule ne soient pas cassés.

4. Assurez-vous que l’objectif est en bon état : qu’il n’y ait pas de champignons et que le diaphragme fonctionne correctement. Pour cela il suffit de tourner la bague des diaph et de regarder dans l’objectif si celui si varie correctement.

5. Si vous ne connaissez pas le fonctionnement d’un appareil, n’hésitez pas à demander au vendeur ! Il se fera une joie de vous parler de son matériel. Comme je l’ai mentionné en début d’article, c’est un lieu de rencontre entre passionnés, alors vous pouvez sans crainte demander conseil aux personnes autour de vous. Ils vous donneront parfois même leur avis sans que vous ayez besoin de le demander !

Mes trouvailles du week-end

Cette année je me suis rendue à la foire de Bièvres dans l’idée de trouver un Olympus Pen EE et des bobines pour pellicules 620. J’y suis allée avec des amies également passionnées (Par les yeux de la coccinelle) en fin de matinée le dimanche. Après un tour de repérage peu concluant, nous avons déambulé en regardant tout ce qu’il y avait et sans se focaliser sur nos listes d’achat. Et cette fois-ci nous avons trouvé bien plus que nos attentes ! Finalement, voici mes achats lors de cette Foire internationale de la photo de Bièvres :

  • une sacoche Polaroid en cuir
  • une cellule photo (pour savoir ce que c’est : zoom sur… la cellule photographique)
  • une bobine pour pellicule 620 (que je vais pouvoir utiliser avec mon brownie junior six-20)
  • un Olympus Pen EE
  • un Agfa ISO Pak CI
  • un Agfa Parat I
  • un Agfa Silette LK
  • un Hanimex 35 SE

Vous découvrirez bientôt ces petits bijoux dans la catégorie Zoom sur… les appareils argentiques !

Mon avis sur … Politiques du visible – Dorothea Lange

 

J’ai découvert Dorothea Lange en cours d’anglais au lycée : pour notre examen de fin d’année nous devions savoir parler d’une photo sélectionnée par notre professeur. Je suis tombée sur « Migrant mother » de Dorothea Lange.

Dorothea Lange est surtout connue pour une série de 6 images qui a fait polémique. « Migrant mother » est une photo de cette série qui représente une mère qui fuit la sécheresse durant la grande dépression aux États-Unis. La controverse tourne autour de la vraie histoire de ces photos. En effet, Lange explique dans la description de sa photo que cette femme est désespérée car elle n’a plus d’argent pour nourrir ses enfants, elle a même dû vendre ses pneus pour cela. Pourtant dans ses cahiers de note il est écrit que cette femme attendait simplement son mari, parti remplacer les pneus abîmés. Quand on sait l’importance que Lange accordait à ses légendes et à ses notes on est en droit de se questionner sur les raisons de cette différence.

Le mois dernier se déroulerait au Jeu de Paume à Paris, une exposition dédiée à Dorothea Lange :  » Politiques du visible » . Curieuse de découvrir le reste de son œuvre j’ai eu l’occasion d’y aller pour mon anniversaire. Et heureusement, car c’était le dernier jour avant la fermeture !

L’exposition se déroule en cinq parties : les deux premières étant consacrées à la Grande Dépression qui a touchée les Etats-Unis dans les années 1870’s.

La première partie de cette salle nous apprend que Dorothea a commencé en temps que photographe portraitiste en studio. Cependant elle a vite choisi de changer de voie quand la Grande Dépression est arrivée. Elle ne voulait pas seulement faire de beaux portraits mais montrer la réalité sociale de son époque. En photographiant les chômeurs sans abris de San Francisco et les manifestations elle a ancré ses photos dans un style sociologique et anthropologique. Les photos dans cette partie sont accompagnées par des cartels affichant une citation de Dorothea. Il ne sont pas là simplement pour décrire l’œuvre, mais aussi pour nous informer sur la façon que Dorothea avait de voir son travail. Elle souhaitait faire un travail de documentation tout en changeant la société. Elle dira d’ailleurs « la Grande Dépression m’a réveillée ».

La seconde partie est consacrée à la migration de population suite à la Grande Dépression. Ces photos ont été réalisées lors de plusieurs voyages d’étude de terrain. Lange avait pour habitude d’annoter ses photos pour retranscrire les témoignages oraux qu’elle recueillait en côtoyant les personnes photographiées. On trouve dans cette partie des tirages orignaux avec ses fameuses annotations mais également des planches contact qui répertorient toutes les images qu’elle a réalisée pour la Farm Security Administration (FSA). Elle a ainsi créé l’une des plus vastes archives photographiques de cette période. Pour accompagner ces archives, il y a une carte géante des États-Unis où sont répertoriés tous les lieux qu’elle a visitée pour la FSA.

« Une photographie documentaire n’est en soi pas une photographie factuelle. c’est une photographie qui communique entièrement le sens et la porté de l’épisode ou de la circonstance … On ne peut pas vraiment parler de guerre entre l’artiste et la photographie documentaire. Une photographie doit être les deux » Dorothea Lange

Cette citation m’a beaucoup marquée car en regardant les planche contact je me suis aperçue que malgré la quantité d’image qu’elle a réalisée, Dorothea réussissait toujours à réaliser des images artistiques et également informatives, sans jamais montrer des choses accablantes ou désolantes comme peuvent le faire les reporters d’aujourd’hui.

La troisième section de l’exposition est consacré au chantier naval Kaiser, Richemond. Dorothea va s’intéresser à a une nouvelle forme de migration interne. Sur le chantier elle photographie le roulement de plus cent mille employés. Elle remarque qu’ils sont dans les mêmes conditions de vie et de solitude que lors des migrations de la grande dépression. Il y a peu d’images dans cette partie mais un très grand cliché nous fait bien ressentir cette oppression et cette solitude dans la foule représentée sur ces photos. Dans cette partie c’est surtout la scénographie qui m’a le plus touchée.

L’avant dernière partie est celle sur la déportation des citoyens américains d’origine japonaise. Dorothea Lange avait été mandatée par la War Relocation Authority. Cette partie m’a interpellée car en partant d’une commande, elle a réussi à réaliser des photos pour montrer au monde ce qu’il se passait réellement dans ces camps. Elle s’est d’ailleurs faite virer pour cela et ce fut un soulagement car elle en avait assez du mensonge. De plus, elle avait réussi à capter ce qu’elle ressentait vraiment pour documenter la réalité. Ces photos ont d’ailleurs été scellées en tant qu' »archives militaires » et ont été révélées au grand public pour la première fois en 1972.

La dernière partie était constituée de 5 images qui parlaient du nouveau système d’avocat commit d’office aux États-Unis. Lange a fait ce reportage à la demande du magasine Life mais il ne sera finalment pas publier. Ces photos s’inscrivent dans un tout nouveau style de photos en intérieur. Ce qui a desservie cette série selon moi c’est qu’elle était tres courte, se trouvait au niveau de la sortie avait peu d’impact juste après une série aussi marquante que celle de la déportation des Américains d’origine japonaise.

J’ai trouvé cette exposition particulièrement intéressante : j’ai pu en apprendre plus sur Dorothea Lange et découvrir la globalité de son travail. J’étais légèrement inquiète au début car l’affiche de l’exposition montre « migrant mother » et je m’attendais à ce que tout tourne autour de ça. Ce n’était pas le cas et j’en fut agréablement surprise. Je trouve que ses photos son poignantes et pleines de réalisme sans jamais être apitoyantes. Elle se sert de la photo comme un outil de communication et essaye de faire bouger les chose grâce à ses clichés. C’est ce que j’apprécie particulièrement dans son travail. Les images peuvent dire et servir énormément de choses, elles ont un impact fort sur la société d’aujourd’hui. C’est pour cela que je pense que nous devrions d’avantage nous en servir comme un moyen de communication positive et informatif à la manière de Dorothea Lange à son époque. Continuer la lecture de Mon avis sur … Politiques du visible – Dorothea Lange

« Mali Twist » – Malick Sidibé

Entrée de l’exposition – Agnes Dahan Studio

L’exposition « Mali Twist » est un hommage à l’artiste Malick Sidibé décédé l’année dernière. Elle a une résonance toute particulière puisqu’elle a lieu exactement 25 ans après sa première exposition a la fondation. Malick Sidibé est un photographe portraitiste malien reconnu dans le monde entier pour ses photos de la jeunesse bamakoise. Il commence sa carrière auprès de Gérard Guillat-Guignard dans son studio Photo Service en 1955 puis, 7 ans plus tard, il choisi d’ouvrir son propre studio a Bamako.

L’exposition se déroule à la Fondation Cartier et regroupe environ 300 photos emblématiques, dont la plupart sont des tirages originaux faits par Malick Sidibé. Dans la première salle, on trouve principalement des photos-reportages des soirées de jeunes bamakois. Ces clichés rendent compte de l’insouciance et de la liberté ressentie suite à l’indépendance du pays. Au milieu de cette pièce se trouve une petite salle dans laquelle on peut découvrir comment Malick Sidibé présentait ses tirages pour les vendre. Il utilisait des pochettes cartonnées pour présenter ses photos en petit format lors des soirées.

La suite de la visite se déroule au sous-sol. On y découvre des photos de studio avec le décor et les accessoires qui ont rendu Malick Sidibé célèbre. Grâce à ces deux éléments les personnes venues se faire photographier se sentaient plus à l’aise. A cet étage on trouve également une salle de projection où l’on peut voir une vidéo avec des extraits d’interview du photographe.

Dans la dernière pièce, un objet inhabituel attire l’œil : un appareil photo géant, sculpté dans du bois. C’est la Fondation Cartier qui a commandé cette œuvre à Paa Joe car il représente l’appareil photo que Malick Sidibé utilisait le plus souvent. Le choix du bois n’est pas anodin puisque cette sculpture est en fait … un cercueil ! Au Ghana les personnes sont enterrées dans un cercueil représentant leur métier et Paa Joe est un artiste dans ce domaine. La Fondation a donc souhaité faire un petit clin d’œil pour cet hommage. La dernière particularité de cette salle est une reconstitution du studio du photographe, avec les accessoires associés, où les visiteurs peuvent se prendre en photo à la manière de Malick Sidibé.

Cette exposition était vraiment très enrichissante car elle permet de vraiment comprendre Malick Sidibé et sa manière de travailler. Le fait de toujours garder le même décor et les mêmes accessoires pourrait sembler redondant et plat mais les personnes photographiées dégagent toutes une impression distincte ce qui rend les tirages uniques. Les extraits d’interview apportent vraiment un plus pour découvrir la personnalité du photographe et permettent de rentrer en dialogue avec lui.

« Irving Penn Centennial » – Irving Penn

 

« Irving Penn Centennial » est une exposition qui rend hommage comme son nom l’indique à Irving Penn. Photographe reconnu comme une icône de la photo de mode et de beauté, il est également célèbre pour ses portraits de personnalités connues et ses natures mortes. C’est un artiste complet. Pour le centenaire de son anniversaire le Grand Palais, le Metropolitan Museum of Arts et The Irving Penn Fundation ont choisi de faire une rétrospective de son œuvre. Avec 238 tirages orignaux présentés, l’exposition montre toutes les facettes du travail de Penn tout au long de sa carrière.

Qui dit rétrospective d’un grand artiste dit exposition hors norme. Elle se déroule sur deux étages dans la Galerie Nationale entrée Clemenceau. A chacune des 11 salles correspond une période et un style. Ainsi nous découvrons, de manière chronologique, les différents aspects du travail de Penn.

La première série de photos que nous découvrons est celle de natures mortes, puis de 1947 à1948 Penn se tourne vers les portraits de personnalités connues. Viennent ensuite ses emblématiques photos de mode réalisées pour le magazine Vogue. Dans la salle suivante, nous découvrons une série moins connue, réalisée lors d’un voyage à Cuzco en 1948 et ses clichés sur les petits métiers. Ces séries sont étonnantes par leur différence à l’égard des premières photos que nous avons pu voir : elles sont moins esthétiques, beaucoup plus dans l’émotion. On y retrouve néanmoins l’écriture du photographe. Dans la dernière salle du premier étage nous retrouvons ses portraits classiques réalisés entre 1948 et 1962.

Avant de monter au 2ème étage, nous pouvons voir une reconstitution de son studio avec les fonds gris caractéristiques de ses photos. L’escalier lui-même est scénarisé et on peut suivre la biographie détaillée d’Irving Penn tout en se rendant à l’étage suivant. En haut de l’escalier sont exposés deux appareils photo de l’artiste. L’un d’eux et le reflex mono-objectif Hassselblad 503 CW avec un ring flash. Cet appareil a notamment été utilisé pour réaliser sa série sur les mégots de cigarette.


Les salles suivantes sont consacrées au nu et à la mode en studio. Arrive ensuite la fameuse série sur les mégots de cigarette. À partir de cette salle, on passe un tournant dans la vie de Penn : il s’attarde sur l’observation et laisse libre cours à son imagination. Il fait de nouvelles natures mortes, plus mélancoliques. Dans la dernière salle, on se laisse embarquer par des rêveries nostalgiques et l’insouciance perdue. Cette pièce est très contrastée par rapport aux autres : on trouve des photos en couleurs et le ton léger de ses images appuie sur la fugacité de l’existence. On sent bien qu’à la fin de sa vie, Irving Penn avait l’impression que le temps lui avait échappé.

La scénographie était selon moi très bien réalisée. Vu la longueur de l’exposition, on pouvait craindre de finir par se lasser. Au contraire, on a l’impression de faire plusieurs expositions, chacune ayant sa thématique et sa mise en scène tout en conservant une cohérence d’une salle à l’autre. De plus la présentation de clichés moins connus apporte de la nouveauté voire de l’étonnement : on découvre la face cachée d’un artiste pourtant célèbre. On a l’impression de vraiment entrer dans l’intimité de Penn avec la reconstitution de son studio, ses appareils photo et les cimaises grises. Un seul bémol : la biographie dans l’escalier. C’était une belle idée pour habiller la montée mais ce n’était pas très pratique. De plus les textes étaient très petits ce qui les rendait peu lisibles.

Crédit deskgram.net

.Je dois bien avouer que je suis allée voir cette exposition car Irving Penn est un grand nom de la photographie, mais c’était un peu à reculons car ce que je connaissais de ces œuvres ne me touchait pas particulièrement. En sortant mon regard avait changé, j’ai découvert des séries qui m’étaient inconnues comme ses voyages ou ses dernières natures mortes et j’ai eu l’occasion de redécouvrir ses premières natures mortes hors du contexte scolaire. J’ai également pu apprécier différemment le travail de mode que je connaissais.

Pour conclure, c’est une très belle exposition qui demande à être vue !

« Traverser » – Raymond Depardon

« Traverser » est une exposition de Raymond Depardon, photographe, réalisateur, journaliste et scénariste français. Il excelle dans tous ces domaines et est reconnu comme le maitre du film documentaire. L’exposition avait pour ambition de montrer l’étendue de son talent. En effet, elle regroupe une centaine de tirages, de textes tirés de ses livres et d’extraits de ses films. L’exposition se déroule dans les deux pièces de la fondation Henri Cartier-Bresson.

La première salle accueille une série sur la terre natale en dialogue avec une autre sur le voyage. Les premières photos, en noir et blanc, présentent sur un même mur la ferme du Garet, où le photographe a grandit. Au bout de ce chemin, se trouvent quatre photos en couleur illustrant son retour sur les lieux de son enfance. Le mur suivant montre des clichés de Paris, qu’il a prises avant ses voyages à New-York et dans le désert Africain. Ces destinations sont représentées en opposition sur le mur suivant grâce à un texte tout particulier : « Je ne veux pas rapprocher des peuples qui n’ont rien à voir ensemble. La seule chose que je peux rapprocher c’est ma façon de voir » (Errances, Seuil, 2000).

Dans la deuxième salle, c’est le sujet de la douleur et de l’enfermement qui sont mis en relation. Sur le premier mur on peut voir des photos prises en Afrique. Si la douleur se devine au travers de la population photographiée, elle n’est pourtant pas montrée de manière explicite. Ce sont surtout les textes qui expliquent qu’elle existe, dans ces clichés. Le mur de transition présente la douleur à travers des paysages qui, eux, montrent explicitement l’existence de la douleur. Pour finir, Depardon expose une série sur l’enfermement dans les asiles italiens. Ici la douleur est toujours présente, mais d’une manière un peu différente : c’est la détresse psychique qui est illustrée.

J’ai trouvé cette rétrospective sur Depardon intéressante. La scénographie est construite comme une ligne chronologique retraçant le parcours de l’artiste, en forme de vague, comme les hauts et les bas d’une vie mouvementée. La présence des textes au milieu des photos permet un lien  entre les quatre séries, et le fait de mélanger des textes et des images nous transporte vraiment dans la manière de voir du photographe.

« Document unique #1 » – Archives du CND

Ce week end a eu lieu le 1er « Week End Intense » du Mois de la Photo du Grand Paris ! Si vous n’y avez pas participé vous pouvez encore voir toutes les expos jusqu’à la fin du mois !

Durant ce week-end, j’ai vu énormément de photos mais une exposition m’a particulièrement surprise : « Document unique ». Elle se déroule au Centre National de la Danse de Pantin. Elle propose une seule photo avec un petit carnet de récit. Les archives du CND ont pris le parti de ne montrer qu’une seule photo pour contrer l’affluence d’images visibles durant ce mois.

« Partant d’un double constat, le trop plein d’images et la préciosité de l’archive, nous avons demandé au photographe Marc Domage de choisir une photo parmi les plus de 200 000 qui composent les collections iconographiques conservées au CND. Le visiteur repartira avec le souvenir de la photo en tête et le livret du récit imaginé par l’artiste et écrivain Jean-Yves Jouannais. »

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« Again and again » – Stéphane Duroy

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L’exposition « Again and again » a été organisée à l’occasion du Mois de la photo du Grand Paris 2017 au BAL. Elle regroupe plusieurs extraits des travaux de Duroy sur le thème des clivages sociaux. Ce thème très engagé est pertinent dans le contexte politique actuel de tensions concernant l’immigration et le rêve américain.

L’exposition est installée dans deux salles, la première est consacrée à ses voyages en Europe de l’ouest et la seconde à l’Amérique. Les premiers extraits que nous voyons ne sont pratiquement que des paysages. La deuxième série montre plutôt des personnes.

Dans la première salle, les photos sont disposées en mosaïque, certaines photos sont très grandes et d’autre plus petites. Cette disposition rend la salle très grande et très froide, ce qui contraste beaucoup avec l’univers très vivant et émotionnel des photos. D’un autre côté, cette ambiance austère renforce le sentiment de détresse et de traumatisme que les populations ont pu ressentir à cette époque de « l’Europe du silence ».  Les murs de cette salle sont recouverts d’un papier peint gris à motifs vintages qui nous donne l’impression de rentrer chez quelqu’un, comme une invitation à entrer dans l’intimité des victimes.

La deuxième partie de l’exposition présente surtout l’Amérique, le pays où les exilés de guerre se sont rendus pour trouver un nouvel avenir. Cette pièce est totalement différente de la  première, elle est très chargée et très sombre. On s’y sent comme oppressé par la foule trop nombreuse arrivée par bateau. La disposition est très dynamique et non conventionnelle. Duroy a en fait retravaillé son exposition en retouchant les œuvres présentées devant les visiteurs le 29 mars pour rendre les images plus réelles. Les photos sont par exemple taguées comme dans les rues. Dans cette salle, sur les murs se trouvent de grandes photos superposées qui parlent de l’exil. Au milieu de la salle se trouvent des  présentoirs, sur ceux-ci se trouvent plusieurs livres. En réalité il s’agit du même livre de Duroy exposé plusieurs fois mais systématiquement retravaillé différemment avec des collages, des mots, de la peinture. La disposition de ces présentoirs forme une flèche ou un chemin vers un mur avec un grand drapeau des Etats-Unis déchiré, symbolisant la mort du rêve américain.

 

En sortant de cette exposition j’étais tiraillée entre deux sentiments :

  • D’un côté, celui d’avoir fait un bond dans le temps et d’avoir vraiment été dans ces années sombres, grâce à la scénographie particulière, ces photos très intimes et les interventions qui font évoluer sont œuvre
  • De l’autre celui de la frustration de ne pas avoir totalement saisi son concept de l’épuisement de l’image, qui manque d’explications

 

«Nous, les Européens, avons construit le rêve américain, cette illusion monumentale à laquelle chacun de nous fait semblant de croire.» S. Duroy

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http://www.le-bal.fr/2016/12/stephane-duroy