Et soudain, le drame

Ce mois-ci, j’ai souhaité attirer votre attention sur la lumière dans la photographie. C’est un élément constitutif d’une image qui n’est pas toujours très visible sur le rendu final mais qui est d’une importance capitale. Que diriez-vous si on voyait un point lumineux et une ombre à contre-sens ? Cela paraitrait insensé ! Et pourtant, pour bien éclairer l’objet principal, il se peut que les sources de lumière se croisent et modifient les ombres. La lumière nécessite donc une attention particulière en photographie. Surtout lorsque la réalisation concerne une série photo. Comme au cinéma, la lumière doit être cohérente tout au long de la série. Si sur la première photo la lumière vient du côté de la pointe d’un crayon, quel que soit le deuxième point de vue, la lumière devra toujours provenir du côté de la pointe du crayon. C’est en cela que réside l’une des difficultés techniques de la réalisation d’une série de photos.

Pour être un peu plus spécifique je voudrais vous parler aujourd’hui de la photographie en lumière continue. La lumière continue est un type d’éclairage qui est surtout utilisé au cinéma (pour plus de détails je vous invite à lire l’article : Zoom sur … la lumière continue). En photographie cela nous permet d’utiliser la visée par l’écran afin de pouvoir agencer le décor de manière précise sans avoir à effectuer des centaines de photos test. Par ailleurs, elle permet un rendu totalement différent de la prise de vue au flash. Ces deux types d’éclairage sont donc bien plus complémentaires que rivales comme on pourrait le croire. Je les ai d’ailleurs utilisées ensemble dans cet article de photo technique : La photo à la bougie.

Le défi était ici de conserver une cohérence d’éclairage sur une série tout en utilisant de la lumière continue. Mon objectif était donc de raconter une histoire en trois images à partir d’un même décor avec deux sources lumineuses en lumière continue.

Inspirée par la magnifique lumière de la pleine Lune les jours qui ont précédés ce shooting, j’ai décidé de recréer cette lumière bleue et pâle pour éclairer une scène de dîner aux chandelles à travers une fenêtre. Afin de donner une atmosphère nocturne et un peu mystérieuse à ma photo, j’ai utilisé un Mizar* et des gélatines bleues. Vous l’avez deviné, si la première source lumineuse est la Lune, la seconde est la flamme des chandelles ! Ne pouvant pas allumer de bougies dans le studio, j’ai décidé de matérialiser leur éclairage avec un Bambino* et de rajouter des flammes en post-production. Puisque ma composition avait un éclairage peut puissant j’ai réglé ma vitesse de prise de vue à 6 secondes. Pour obtenir une grande plage de netteté sur les photos, j’ai ouvert le diaphragme à 16.

Cette série raconte une histoire étrange et effrayante car les ellipses temporelles entre les photos laissent place à l’imagination. Tout commençait pourtant si bien … Soudain, la fenêtre s’ouvre ! Est-ce le vent ou bien quelque chose de plus dangereux ? La dernière photo nous laisse penser qu’un drame s’est produit, pourtant nous ne saurons jamais vraiment ce qui s’est passé ce soir de pleine Lune …

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*Le Mizar et le Bambino sont des appareils permettant de produire de la lumière continue. Leurs propriétés respectives sont développées dans l’article « Zoom sur … la lumière continue » cité plus haut.

Zoom sur … La lumière continue

Puisque que je vous ai parlé de la lumière continue dans un article de photo technique, je me suis dit qu’il fallait que je vous explique un peu plus précisément de quoi il s’agit !

Comme son nom l’indique la lumière est diffusée en continue : elle ne se déclenche pas au moment du cliché contrairement au flash. Il peut aussi bien s’agir de sources de lumière artificielle spécifique (Fresnel tungstène, mandarine, cycloïde) que de lumière artificielle commune (lampe de poche, bougie, …) ou encore de la lumière naturelle telle que celle provenant du Soleil. La lumière continue est surtout utilisée en photo pour faire des natures mortes car l’intensité lumineuse, moins forte que les flash, nous contraint à des temps de pose plus long ce qui peut s’avérer compliqué avec un modèle vivant.

Il existe trois types de matériel pour produire de la lumière continue artificielle spécifique :

  • Les lumières au tungstène qui sont des lampes à filaments. Elles sont puissantes et de très bonne qualité lumineuse mais consomment et chauffent énormément. Leur température de couleur est de 3200 K. Il y a plusieurs sortes de lampes tungstènes : les mandarines qui peuvent délivrer entre 650 et 800 Watts, le Mizar et le Bambino qui ont tous les deux des lentilles Fresnel tungstène de puissances différentes : respectivement 650 Watt et 500 Watt.
  • Les tubes fluorescents qui ont un encombrement et une consommation électrique moyenne. L’avantage de ce type de source lumineuse est qu’il est possible de changer l’intensité de la lumière : il suffit de ne pas allumer tous les tubes en même temps. Il est également possible de modifier la température de couleur en changeant les tubes pour passer de 3200 K à 5500 K. Il existe plusieurs sortes de lampes fluo : Le kino flo et le cycloïde.
  • Le HMI (Hydrargyrum medium-arc iodide ou lampe aux halogénures métalliques) qui est très puissant et resitue très bien la température de la lumière du jour (5600 K). En revanche, c’est un matériel très encombrant qui chauffe et consomme beaucoup. Ce type d’éclairage est notamment utilisé au cinéma.
  • La LED qui a une consommation électrique faible et est très peu encombrante. C’est un éclairage polyvalent qui permet de choisir la température de couleur ainsi que la puissance. Actuellement très peu de projecteurs permettent d’avoir une lumière concentrée mais avec le progrès technique, on peut penser que la LED va finir par éclipser la plupart des autre types de lumière continue.

 

Par ailleurs, chaque type de lampe possède ses accessoires. Le HMI et le Tungstene peuvent être agrémentés de lentilles Fresnel. Le principe de celles-ci est de concentrer la lumière pour donner un éclairage précis et très contrasté avec des ombres très marquées.

La minute d’avant…

Récemment l’école nous a passé une commande un peu particulière : il s’agissait de faire le portrait de comédiens. La difficulté de cette commande résidait en le fait de ne pas photographier le personnage joué mais bien la personne qui joue.

Cela n’est pas sans rappeler l’historique du portrait. Originellement le portrait photographique avait pour but de montrer le réel sans interprétation humaine. Par la suite, Nadar a réalisé des portraits où l’on voyait transparaitre la psychologie et la position sociale des sujets. Le portrait photographique se rapproche alors des portraits en peinture où les éléments de décor avaient une signification importante.

Dans mes portraits je voulais donc faire ressortir à la fois la personnalité des comédiens mais également leur métier. Pour cela j’ai choisi de photographier un moment précis propre à chaque comédien mais commun à toute la profession : le court temps qui précède la montée sur scène. Pour moi cet instant est celui qui représente le mieux le comédien en tant que personne car c’est un moment intime de préparation et de concentration intense. Chacun y va de sa méthode, certains font des exercices de mise en situation d’autres se recentrent sur eux-mêmes et d’autres encore rentrent dans leur personnage en ajustant leur costume.

Lors de la prise de vue je leur ai demandé de me parler de leurs habitudes avant de monter sur scène et de me les montrer. J’ai également recréé un décor de coulisses de théâtre pour les mettre dans l’ambiance. Ainsi j’ai pu prendre des photo presque sur le vif.

Cette commande a été très enrichissante pour moi car elle m’a obligé à sortir de ma zone de confort pour faire de l’humain. J’ai dû parler avec les modèles, apprendre à les connaitre pour retranscrire au mieux qui ils sont dans mes portraits. Je tiens donc à remercier chaleureusement Nadia Hermès, Aurélien Martinet, Maxime Leguay, Bryan Grandin, Romane-Marie Ridel et Benjamin Constant.

Sur les traces de la guerre 14-18

En cette année de centenaire de la Première Guerre Mondiale, j’ai choisi de vous présenter une série de photos que j’avais prise pour mon Bac en 2016. Nous devions tous faire un book sur un thème commun : TRACE. Chacun devait ensuite le travailler de manière personnelle et le thème de la Grande Guerre m’a immédiatement sauté aux yeux.

Tout d’abord j’avais souhaité faire un reportage sur mon ancêtre de 4ème génération Ernest Ladame qui est mort dans les tranchées à Cerisy-Gally. Durant mes recherches et en explorant les lieux de mémoire pour retrouver où il avait été enterré, je me suis rendue compte que je voulais partager mes découvertes sur la Grande Guerre et faire perdurer la mémoire de cet évènement à travers mon reportage. Mon but était de montrer que si nous ne faisons pas ce travail de mémoire que ce soit par la photo ou par les restaurations, ces traces pourraient bien disparaitre un jour. Le travail de mémoire est un enjeu important pour nous tous car c’est à travers l’Histoire que nous nous construisons. C’est grâce à cette mémoire que nous ne referons pas les mêmes erreurs.

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A la manière de … Barry Pringle

Puisque Pâques n’est pas loin derrière nous, j’ai décidé d’y faire un petit clin d’œil dans ma nouvelle contribution à la série « à la manière de … » !

Barry Pringle est un photographe Sud-africain spécialisé en photos de natures mortes et de nues. Ses séries ont pour point commun la dissemblance du même, il joue visuellement avec les mots. Il regroupe par exemple des objets qui portent le même nom mais qui ne se ressemblent pas, il les photographie et les expose les uns à coté des autres. Les titres de ses séries sont donc des mots très simples et descriptifs.

Des fleurs, de la nourriture, des intérieurs, des parties du corps humain… ses sujets de prise de vue sont variés. Une série m’a plus particulièrement étonnée : Eggs (les œufs en français). Je n’ai pu trouver aucune information sur la création de cette série mais elle m’a tellement plu que j’ai eu envie de la revisiter. La photo que j’ai réalisée pourrait en être la suite car c’est une énième façon de voir les œufs. Et comme dit le célèbre adage : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ! C’est ce que j’ai voulu illustrer avec ma revisite de Barry Pringle. Du côté technique j’ai repris ses codes d’éclairage, c’est-à-dire une lumière crue, des ombres marquées et une dominante colorée jaune pour créer un aspect de lumière naturelle et non celle d’un flash.

Célébrons l’argentique !

Aujourd’hui, le jeudi 12 avril 2018, c’est la journée mondiale de la photographie argentique !

Une bonne excuse pour vous faire partager mon amour pour cette merveille technologique 🙂

L’argentique c’est toute une histoire, c’est même l’Histoire de la photographie ! Le principe de la chambre noire était connu déjà sous l’Antiquité mais c’est Daguerre qui donna la plus grande visibilité à cette technique photographique. L’appareil argentique avec des films souples voit le jour en 1884 et permet de petites photos d’identité en noir et blanc. La photo couleur apparait une vingtaine d’année plus tard avec le brevet des frères Lumière et est popularisée par une action de l’entreprise Kodak. « Vous pressez le bouton, nous faisons le reste » pouvait-on lire sur les affiches offrant un appareil photo gratuit !

Sans vous faire un long descriptif sur la méthode argentique, je voulais vous faire part du bonheur que je ressens en shootant avec de vieux boitiers. L’avantage et l’inconvénient de l’argentique est qu’on ne peut pas voir ce qu’on vient de prendre ! Cela implique de bien réfléchir à la composition, de se pencher sur les réglages qui sont spécifiques à chaque appareil et de bien se concentrer pendant la prise de vue. Il faut ensuite développer les négatifs pour enfin avoir un résultat. Tout cela demande beaucoup de temps et d’investissement, ce qui, à l’inverse du numérique, dissuade de prendre tout et n’importe quoi. C’est selon moi un procédé qui gagne a être connu et c’est surtout un savoir-faire à faire perdurer.

Et puis on ne peut contester que les vieilles photos sur papier ont aussi un certain charme. De plus le papier argentique dure beaucoup plus longtemps que tout ce qui existe aujourd’hui.

La bonne nouvelle c’est que de nos jours les vieux appareils ne coûtent quasiment rien puisqu’ils sont considérés comme des vieilleries inutilisables. Or certains boitiers ayant un déclencheur mécanique, ils sont presque immortels ! Personnellement j’adore acheter des « antiquités » pour voir si elles fonctionnent, les réparer si besoin et tenter de les apprivoiser. Vous pouvez d’ailleurs découvrir mes expériences avec eux dans la rubrique « Zoom sur « 

Par ailleurs ce mode de photographie revient en force actuellement puisque la mode est au vintage. On voit fleurir un nombre impressionnant d’appareils numériques au look argentique et même une méthode néo-argentique ! On pourra citer par exemple les derniers Lomography ou encore les Instax Mini permettant de retrouver le style instantané des Polaroïd.

Pour fêter cette journée mondiale je me suis achetée deux « petits » appareils instantanés de chez Kodak : le Ek2 et le Colorburst 100. Ils ont tous les deux un design un peu particulier qui m’a fait craqué !

Le mot de la fin : vive l’argentique 😀

De gauche à droite : le kodak Ek2, le kodak colorburst 100, le lomography diana f+, le voightlander brillant et le dacora dignette

Nature en résistance

Cette série a été réalisée lors d’un workshop sur la photo infrarouge proposé par deux professeurs de Gobelins (la technique de l’infrarouge est détaillée dans l’article Voir au delà … avec l’infrarouge). En me baladant dans les serres d’Auteuil et dans les serres du Jardin des plantes, j’ai fait un constat : nous cherchons à faire vivre la nature dans des endroits clos ! N’y a-t-il pas un paradoxe ?

En déambulant au hasard dans les couloirs des serres, j’ai ressenti plusieurs émotions. Ce qui m’a frappé au départ c’était la paix qui régnait dans ces lieux, mais au fur et à mesure, j’ai fini par me sentir oppressée par cette abondance de végétaux qui allaient jusqu’à empiéter sur les chemins de passage. Le fait de regarder cet endroit à travers mon objectif modifié rendait la présence des plantes encore plus importante puisque les autres matières sont attenuées sur l’image en infrarouge.

Par cette série, je voulais montrer le sentiment d’enfermement et l’envie de faire tomber les murs pour libérer cette nature en cage qui m’ont envahit à la fin de la visite. Je voyais les feuilles et les branches plier contre les parois de verre, des pousses apparaitre dans les fissures du pavé et je sentais ce besoin de sortir pour respirer. Alors pourquoi ne pas rendre à la nature sa place en extérieur ? Le paradoxe prend ici tout son sens car bien que la nature veuille faire exploser sa prison, elle ne survivrait pas dehors.

Voir au dela … avec l’infrarouge

La photographie infrarouge est une technique qui était au début utilisée à des fins techniques : par les militaires pour la vision nocturne, par les policiers pour visualiser des fluides corporels ou dans le domaine de l’art pour authentifier un tableau. Cependant ces techniques sont compliquées à mettre en œuvre car il faut utiliser des sources d’éclairage modifiées et un appareil également modifié. Désormais la photographie infrarouge est utilisée à des fins artistiques c’est de cette technique dont je vais vous parler.

Tout d’abord, reprenons les bases. L’œil peut voir les longueurs d’onde de 380 nm à 780 nm. En dessous de ce spectre il existe les ultra violets que nous laisserons de côté pour le moment et au-dessus nous avons les infrarouges !

 

Notre œil ne peut donc pas les voir les infrarouges mais un appareil photo si ! Seulement les constructeurs mettent un filtre (UVIR-Block/cut) devant le capteur afin de stopper les infrarouges et les ultraviolets pour rendre des photos telles qu’on peut les voir. Il faut donc l’enlever et le remplacer par un verre de la même épaisseur pour rendre au capteur toutes ses capacités. Une fois la modification faite, il faut utiliser des filtres que nous plaçons devant l’objectif pour sélectionner quelles longueurs d’onde nous souhaitons capter. Je vous laisse découvrir le comparatif des filtres sur le site de  Photographie Infrarouge géré par Yann et Pierre-Louis, deux intervenants de ce Workshop  « Infrarouge ». C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai eu accès au matériel modifié : un boitier Canon 70D modifié avec un objectif Canon 24×70, f:2.8 et un filtre infrarouge 720. 

En pratique la photo infrarouge est particulière, tout d’abord il est très conseillé de shooter en live view (visée par l’écran) car avec le filtre placé sur l’objectif nous aurons du mal à voir à travers l’objectif. De plus la visée par l’écran permet d’avoir un aperçu du rendu en fonction de la balance des blancs. Ensuite il faut obligatoirement enregistrer les photos en JPG et RAW. Ces deux formats de fichiers sont importants : le premier pour garder l’aperçu du rendu que l’on souhaitait et le second pour faire la retouche sur le fichier brut, ce qui est obligatoire en photo infrarouge ! Pendant la prise de vue il faut faire la mise au point manuellement car souvent elle ne fonctionne plus très bien à cause de la modification du capteur. Il faut savoir que lors de shooting en infrarouge avec un filtre 720 la végétation devient bleu très saturé avec une balance des blancs automatique et le reste de la photo est d’un jaune très peu saturé ne reflétant quasiment que des nuances de gris. Cela survient car les végétaux renvoient beaucoup de lumière infrarouge qui est traduite en couleur bleue par le capteur. Attention l’infrarouge c’est une question de matière et de composition car dans ce type de shooting l’objet ne renvoie pas la couleur mais la lumière infrarouge.

La post-production est une partie entière de la photo infrarouge. Avec les fichier bruts il faut en premier lieu refaire une balance des blancs puis une inversion de couches. Pour ma photo j’ai fait en sorte de laisser tous les végétaux en bleu et j’ai veillé à ce que tout le reste soit le plus dé-saturé possible. Je n’ai pas fait l’inversion des couches (qui consiste à faire ressortir les infrarouges en changeant le bleu en jaune/doré) puisque je voulais conserver la couleur bleue des végétaux. Si vous voulez prendre connaissance de toutes les étapes, y compris celles que je n’ai pas réalisées, vous pouvez vous rendre sur ce tuto.

Voici donc ma réalisation technique d’une photographie infrarouge faite à la serre d’Auteuil.

Je vous invite à découvrir la série complète sur l’article Nature en résistance.

Zoom sur … La chambre noire

La camera obscura fut d’abord utilisée par les peintres pour réaliser des portraits très détaillés et au plus proche de la vision humaine. Par la suite on découvrit de la méthode de fixation des images grâce à un procédé chimique. Cette boite avec son sténopé (un dispositif optique très simple, formé par un minuscule trou) est à l’origine de la photographie.  Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire de la photographie mais après plusieurs modifications et inventions nous arrivons à la chambre photographique. La chambre que j’ai eue l’occasion de tester lors d’un Workshop « Architecture à la chambre 4×5 » et une Sinar P2.

De manière générale, une chambre est composée obligatoirement :

  • d’un banc optique qui sert à fixer la chambre sur un pied et permet aux différents éléments de bouger
  • d’un corps avant sur lequel sera fixé l’objectif (et l’obturateur s’il est dissocié de l’objectif)
  • d’un corps arrière sur lequel sera fixé le support de verre dépoli et de châssis
  • d’un soufflet accordéon ou ballon qui relie les deux corps de la chambre

Voici le schéma représentant les différentes parties qui composent une chambre Sinar P2 et la photo d’un châssis porte-film.

Photographier à la chambre est passionnant même si cela peut sembler compliqué. Mon expérience s’est plutôt bien déroulée grâce à l’aide de mon professeur @olivemauffrey et de mes coéquipières @leaponcho et @_charlottefouillet_ ! Premièrement nous avons appris à monter la chambre, après quelques péripéties nous avons fini par réussir. Grâce à @photogobelins nous avons pu investir les anciens locaux de la douane. En visitant, j’ai tout de suite su que je voulais faire des photos au 3ème étage. C’est à ce moment là que je me suis demandé comment j’allais faire pour y monter la chambre : le gros problème étant que cet engin est extrêmement lourd.

J’ai  choisi de mettre un objectif grand angle et on m’a conseillé de mettre un soufflet ballon à la place du soufflet accordéon. Le soufflet ballon a l’avantage de s’aplatir plus que l’accordéon. Il est donc plus adapté pour des objectifs grand angle qui ont besoin d’un très faible tirage (espacement entre les corps de la chambre). Avant de repartir j’ai mis des plans films dans mes châssis. Le châssis porte-film est un boitier étanche à la lumière, il peut accueillir deux films, c’est à dire qu’avec un même châssis nous réalisons deux prises de vue. Pour l’occasion nous avions le droit à quatre plans films négatifs couleur. Pour remplir un châssis, il faut être dans une pièce noire ou utiliser une tente ou des manchons de chargement afin de ne pas exposer les films à la lumière.

J’ai monté la chambre au 3ème étage, non sans mal et je l’ai mise en place. J’ai commencé par cadrer l’image sur le verre dépoli. Petit rappel, l’image est à l’envers car dans une chambre il n’y a pas de miroir pour redresser l’image. Afin de mieux voir l’image qui n’est pas très lumineuse, il faut se mettre sous un voile. Pour connaître les réglages appropriés (vitesse et diaphragme) il faut utiliser un posemètre. C’est un appareil pour mesurer la luminosité d’une scène. Sur le boitier on désigne les ISO imposés par le plan film utilisé, on choisi la vitesse d’exposition et le posemètre nous indique quel diaphragme utiliser. Enfin prête a shooté !  Je monte le châssis dans son emplacement devant le verre dépoli. Surprise l’image a disparu ! Rien d’anormal puisque le châssis coupe la visibilité. J’ouvre le volet du châssis et CLIC, la photo est prise !! La chambre a plusieurs atouts comme les bascules et le décentrement qui servent à redresser les perspectives ou agrandir le plan de netteté. Toutes ces techniques sont complexes mais si j’ai un conseil à vous donner, c’est d’essayer toutes les manettes et regarder sur le verre dépoli ce que cela change. Vous comprendrez mieux ces techniques en testant par vous-même !

La dernière étape de la prise de vue est le développement des plans film. Je l’ai fait réaliser par le laboratoire Processus. Ensuite il faut les scanner et les mettre en positif grâce a un logiciel de retouche. Je vous laisse découvrir le résultat.

Deux photos en une !

La double exposition ou surexposition et une technique qui vient à l’origine de la photo argentique. Au début simple erreur, elle est très vite devenue une technique à part entière. Comme son nom l’indique l’idée est d’exposer deux clichés sur la même vue d’un film. Cela pouvait survenir si le photographe avait, par exemple, oublié de réarmer la pellicule ou de changer de plan film entre deux prises de vue.  Cette « erreur » si elle est bien maitrisée, peut donner des photos très artistiques. Lors de la réalisation d’une telle photo, il faut penser qu’exposer deux fois une vue de pellicule peut « cramer » les images (rendre certaines parties trop claires et provoquer la perte des détails). Pour éviter cela, il faut sous-exposer les deux images ou tout du moins la seconde.

Maintenant que vous savez tout cela vous allez me dire « mais c’est impossible de faire ça avec un appareil numérique ! » Effectivement avec les appareils actuels il est impossible de bloquer le film vu qu’il n’y en a pas. Il existe cependant sur certains boitiers un réglage qui  permet de combiner automatiquement deux images prises l’une à la suite de l’autre.

Sur le Canon 5d mark III ce réglage se trouve dans la touche . Il faut ensuite enter dans le menu  et aller à la partie « expo multiple ».

Dans le menu qui s’ouvre il faut effectuer les manipulations suivantes :

  • Expo multiple : ON : Fn/ctrl (priorité aux fonctions et aux commandes), avec ce réglage il est possible d’activer la visée par l’écran ce qui permet d’ajuster correctement les deux images.
  • Ctrl expo multi : Sans grain (je vous invite également à tester les autres modes mais pour moi c’est celui qui a le meilleur rendu)
  • Nb d’expositions : cela correspond au nombre de photos que vous souhaitez assembler. Ici, j’en ai utilisé deux.
  • Enr. imgs source : je vous conseille d’enregistrer toutes les photos, au cas où.

La photo technique que je vais vous présenter se compose donc de deux clichés. La première (photo P_09_01) est celle une d’un verre éclairé au flash afin d’avoir une belle transparence. La seconde (photo P_09_02) met en scène des pommes en lumière continue. La dernière photo que vous pouvez voir est le résultat de la composition automatique faite par l’appareil (photo P_09_03).

Après la prise de vue, comme pour toutes photos, nous passons sur Photoshop,. Grâce à la compilation automatique pas besoin de faire le montage des deux images mais il faut quand même modifier les contrastes pour que le verre soit plus marqué. Et voilà le résultat final !

Alors qui est partant pour un petit verre de cidre fait maison ? 😉